Accueil > Dossiers > Energie-climat > Réchauffement climatique > Réchauffement climatique et gaz à effet de serre : 2015, année (...)

Réchauffement climatique et gaz à effet de serre : 2015, année record

mercredi 28 septembre 2016

2015 et ses niveaux records de gaz à effet de serre, est l’année la plus chaude jamais observée, et de loin.
Ne nous leurrons pas : aucun espoir de sauvegarder notre climat actuel (tempéré en France et dans une grande partie de l’Occident), sans une modification profonde et coordonnée de nos modes de vie, de consommation, de production et de déplacements.
A défaut, il est peu probable que la COP21, comme les 20 conférences climatiques précédentes, ait un effet notable sur l’évolution du réchauffement planétaire et de la concentration des gaz à effet de serre.

Réchauffement planétaire
Selon l’agence américaine NOAA, l’année 2015 a été de loin la plus chaude sur le globe depuis le début des relevés de températures en 1880, battant le record de 2014 et indiquant une accélération du réchauffement planétaire.
Cette année 2015, dont le réchauffement planétaire confirme notre installation dans l’Anthropocène, est remarquable sous de multiples aspects, notamment parce que 10 mois sur 12 ont vu des records de hausse, comme en juillet, septembre ,octobre 2015, novembre ou en décembre.
Au final, la température moyenne mondiale de l’année 2015 a atteint une hausse record de 0,90°C par rapport à la moyenne du 20ème siècle, et de plus de 1°C par rapport à l’ère préindustrielle.
Ainsi, 2015 confirme avec force la réalité d’un réchauffement d’origine anthropique, prévu et annoncé depuis longtemps par les climatologues, avec son cortège de conséquences climatiques et météorologiques plus ou moins prévisibles [1]

Températures régionales
Ce mois de juillet et cet été 2015 ont été particulièrement chauds en Aquitaine. [2].
La Toussaint 2015 a été exceptionnellement douce. [3]
Avec une température moyenne qui dépasse les valeurs de saison de près de 4 °C, le mois de décembre est le plus chaud depuis 1900 en France, loin devant 1934 et 2000.
Selon Meteo France, 2015 dans son ensemble a été une année particulièrement chaude sur l’Hexagone. se plaçant au 3e rang des années les plus chaudes (1 °C au-dessus de la normale), devancée par 2014 (1.2 °C au-dessus de la normale) et 2011 (1.1 °C au-dessus de la normale). Globalement sur l’Europe, 2015 est la 2e année la plus chaude depuis le début des mesures.

Des niveaux record de gaz à effet de serre.
En dépit des 20 conférences climatiques internationales dédiées au sujet depuis 1990, les concentrations atmosphériques en gaz à effet de serre battent chaque année de nouveaux records.
Selon les données de l’Agence NOAA, la concentration mondiale moyenne de CO2 dans l’atmosphère a dépassé en mars 2015, le seuil symbolique de 400 parties par million (ppm), en hausse de 120 ppm par rapport à l’ère préindustrielle, dont la moitié depuis 1980. Entre 2012 et 2014, cette concentration a crû au rythme inégalé (pendant 3 années consécutives) de 2.25 ppm par an.
Selon l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) le forçage radiatif, qui a pour effet de réchauffer le climat, s’est accru de 36 % entre 1990 et 2014 à cause des gaz à effet de serre persistants, notamment le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4) et le protoxyde d’azote (N2O), d’origine industrielle, agricole et domestique.

Cette augmentation de la concentration en CO2 atmosphérique aura tôt ou tard des impacts (directs et indirects) sur la santé. On sait déjà que cette augmentation :
 exacerbe la toxicité de l’oxygène. [4]
 décuple la puissance allergisante des grains de pollens inhalés, associée à une élévation des températures [5]
 aggrave les effets de la pollution atmosphérique sur la santé, dans les pôles urbains [6]

Et la COP 21 ?
La 21ème conférence climatique internationale (COP21) qui s’est tenue à Paris du 30 novembre au 12 décembre 2015, s’est conclue par un accord a minima, dépourvu de contrainte sur les émissions mondiales de gaz à effet de serre ou sur le budget carbone global.
Dans ces conditions, son objectif de "contenir l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et en poursuivant l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels", paraît d’autant moins crédible que le réchauffement planétaire a déjà dépassé 1°C (par rapport à l’ère préindustrielle) à fin 2015. [7]
En l’absence d’une remise en cause globale du modèle économique dominant actuel," il n’y a aucune chance que le réchauffement en cours soit contenu sous la barre de 1,5°C." [8]

Des vérités qui dérangent
A la traîne de certains leaders religieux , les leaders politiques et les médias occidentaux persistent à soutenir qu’il est possible de sauvegarder notre climat actuel (tempéré en France et dans une grande partie de l’Occident), sans une modification profonde et coordonnée de nos modes de vie, de consommation et de déplacement.
Oseront-ils avouer un jour à leurs compatriotes quelques vérités qui dérangent, telles que le transport aérien de masse [9] ou la voiture individuelle pour tous [10] [11] [12] [13] [14] (deux symboles de notre (éphémère ?) civilisation ), sont des pratiques incompatibles avec la sauvegarde du climat, tout autant que le modèle économique dominant actuel fondé sur la croissance, quelle qu’en soit la couleur (verte, bleue ou grise) ?
« L’affaire Volkswagen (révélée en septembre 2015, quelques mois avant la COP21) n’est que la partie émergée d’un gigantesque iceberg dont l’existence même est inconnue de la plus grande part de l’opinion. » [15]
Cet iceberg, c’est celui de toutes les manipulations et tricheries des Etats, des lobbies industriels et de la publicité, destinées à minorer les impacts réels de leur politique et de leurs activités sur le climat. [16] [17]

Gare aux mauvaises "surprises" !
Les changements climatiques nous réservent 2 types de "surprises" désagréables :
 une augmentation de la fréquence et de l’intensité des évènements climatiques extrêmes (canicules, pluies torrentielles...)
 Une réponse non linéaire de certains composants du système climatique, aux perturbations anthropiques (augmentation de la concentration en GES), entraînant un "basculement" rapide vers leur nouvel état d’équilibre. [18].
L’étrange passivité de l’humanité face à la montée des périls climatiques, promet des réveils douloureux.
"La fractalité du risque climatique au-delà d’un certain seuil, que nous ne sommes pas loin de franchir, nous placera vraisemblablement dans ce déchirement entre espoir et désespérance. Nous serons surpris, mais nous aurons été prévenus que nous le serions." [19]

A consulter :
 Les impacts du changement climatique en Aquitaine. Octobre 2013.Conseil régional d’Aquitaine.
http://www.aquitaine.fr/actions/territoire-durable-et-solidaire/climat-energies/changement-climatique
 Changement climatique - Impacts en France. 09/01/2015. Direction générale de l’industrie et du climat.
http://www.developpement-durable.gouv.fr/Changement-climatique-Impacts-en.html
 L’observatoire CETELEM 2015 : marché automobile mondial, de belles perspectives de croissance.
http://observatoirecetelem.com/publications/2015/observatoire-cetelem-automobile-2015.pdf
 Faits et chiffres 2015 : statistiques des transports en France et en Europe
http://www.unionroutiere.fr/consultez-faits-chiffres-2015/
 Empreinte climatique des transports aériens en Aquitaine
https://www.sepanso33.org/spip.php?article148

A lire
 Sauver le monde ou la bagnole ? Pierre Thiesset. La Décroissance. Novembre 2015.
 2015, la plus chaude des années, et de loin. Pierre Le Hir. Le Monde. 20/01/2016
http://www.lemonde.fr/climat/article/2016/01/20/2015-la-plus-chaude-des-annees-et-de-loin_4850642_1652612.html
 2015, année la plus chaude sur le globe depuis 1880. Meteo France.21/01/2016
http://www.meteofrance.fr/actualites/32787482-2015-annee-la-plus-chaude-sur-le-globe-depuis-1880
 Le climat mondial 2011-2015 . Organisation Météorologique Mondiale. Novembre 2016. (Document consultable, ci-dessous)

DD

Mise à jour du 11/11/2016

Portfolio


[1Parmi ces conséquences, celles de la montée du niveau de la mer devient de plus en plus préoccupante. Selon des scientifiques américains de la NASA la montée des eaux pourrait submerger une partie du littoral français d’ici la fin du siècle. Sud Ouest. 27/08/2015.
http://www.sudouest.fr/2015/08/27/la-montee-des-eaux-pourrait-submerger-une-partie-du-littoral-francais-selon-la-nasa-2107363-706.php

[2Bilan : l’été 2015 au second rang des étés les plus chauds. Meteo France. 07/09/2015. http://www.meteofrance.fr/actualites/28268797-bilan-l-ete-2015-au-second-rang-des-etes-les-plus-chauds

[3Nombreux records mensuels de douceur dimanche 1er novembre
02/11/2015 . Meteo France. http://www.meteofrance.fr/actualites/30298875-nombreux-records-mensuels-de-douceur-dimanche-1er-novembre

[4Le CO2 exacerbe la toxicité de l’oxygène. CNRS.Communiqué de presse du 25/02/2011
http://www2.cnrs.fr/presse/communique/2110.htm
Une équipe du Laboratoire de chimie bactérienne (CNRS, Marseille) vient de démontrer que le dioxyde de carbone (CO2) est un acteur impliqué in vivo dans la formation de dommages oxydatifs. En effet, chez l’organisme modèle Escherichia coli, en condition de stress oxydant, certains dommages (mort cellulaire, augmentation de certaines lésions sur l’ADN, fréquence des mutations…) augmentent en fonction de la teneur atmosphérique en CO2. La gamme de concentration en CO2 étudiée va de 40 ppm (1) aux prévisions attendues pour 2100 (1000 ppm). D’après ces résultats, l’augmentation prédite en CO2 atmosphérique devrait avoir des effets directs sur des organismes vivants.
Le CO2 majore les lésions cellulaires. Le Monde. 25/02/2011. Paul Benkimoun.http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/02/25/le-co2-majore-les-lesions-cellulaires_1485117_3244.html

[5Les changements climatiques aggravent-ils les allergies ? FB Michel et P. Demoly. Le Figaro. 08/10/2012.
http://sante.lefigaro.fr/dossier/allergies/quotidien/changements-climatiques-aggravent-ils-allergies

[6La gaz carbonique issu de la combustion massive des énergies fossiles et des activités industrielles (trafic routier et aérien, chauffage urbain, usines d’incinération, centrales thermiques...) ne se disperse pas immédiatement dans l’atmosphère, mais a tendance à s’accumuler au-dessus des pôles urbains, pour constituer un "dôme urbain" de CO2. Toutes les agglomérations importantes sont touchées par ce phénomène, qui dépend aussi des conditions météorologiques locales.
Urban CO2 Dome.
http://www.co2science.org/subject/u/summaries/phxurbanco2dome.php
Enhancement of Local Air Pollution by Urban CO2 Domes.M. Z. Jacobson.
https://web.stanford.edu/group/efmh/jacobson/Articles/V/es903018m.pdf

[7A noter que "le mot d’ordre mondial selon lequel la température moyenne du globe ne doit pas croître d’ici la fin du siècle de plus de 2 degrés Celsius par rapport à l’ère préindustrielle ne correspond à aucun seuil qui existerait dans la nature des phénomènes. On a, en revanche, de bonnes raisons de penser qu’au-delà de 1,5 degré l’incertitude objective se manifestera par une fréquence anormalement forte de cas dits"extrêmes". Cf :L’effroyable surprise des catastrophes certaines. JP Dupuy. Le Monde. 23/9/2015. http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/09/22/l-effroyable-surprise-des-catastrophes-certaines_4766826_3234.html

[9Parc et marché aéronautique mondial
Grâce aux généreuses subventions publiques directes et indirectes, les transports aériens de masse se développent très rapidement et utilisent aujourd’hui 21 000 avions commerciaux.
Selon la société Boeing, 36 770 nouveaux avions seraient à construire dans les 20 prochaines années, contribuant à doubler le parc mondial d’avions civils d’ici 2034, qui atteindrait alors 42 180 appareils.
Impacts du trafic aérien sur le climat
Selon les dernières estimations des scientifiques , la contribution totale de l’aviation au forçage radiatif représente aujourd’hui environ 5% de l’impact global des activités humaines.
Les quelques 20 000 avions commerciaux en service en 2011, ont consommé 233 millions de tonnes de kérosène et ont émis près de 700 millions de tonnes de CO2,soit l’équivalent des émissions annuelles d’environ 150 millions de voitures individuelles. Les émissions de CO2 de l’aviation ne représentent que 33 % de son impact total sur le climat.

[10Parc et marché automobile mondial
En 2012, le parc mondial de véhicules (voitures utilitaires et véhicules utilitaires, s’élevait à 1,1 milliards d’unités (dont plus de 70 % de voitures particulières), en hausse de 4% par rapport à l’année précédente.
En 2013, le marché automobile mondial a poursuivi sa croissance (+4% à 85,5 millions de véhicules), établissant un nouveau record.
Impacts du trafic routier sur le climat
Les émissions annuelles mondiales de CO2 dues au trafic routier, ont grimpé sans interruption de 1970 à 2011, en dépit des progrès techniques, pour atteindre 5,2 milliards de tonnes de CO2 , en hausse de 3% par rapport à 2010 et de près de 300% par rapport à 1970, année où le parc mondial n’était que de 246 millions de véhicules.
A noter que l’impact du trafic routier sur le climat va bien au-delà de ses émissions de CO2.
Malgré leurs dénégations et leurs tricheries, les transports routiers constituent bien le premier contributeur au réchauffement planétaire, en raison de leurs impacts atmosphériques directs et indirects, tenant compte notamment :
 des émissions de GES liées à la construction et l’entretien des routes
 des émissions de GES liées à la production de carburant
 des émissions de GES liées à la production et l’entretien des véhicules
 de l’impact de l’imperméabilisation des sols utilisés pour les routes et les parking
 de la contribution du trafic routier à la formation d’ozone troposphérique (polluant atmosphérique et puissant gaz à effet de serre).
l

[11A noter de nouvelles pratiques de déplacements en automobile, positives pour le climat ou la sobriété énergétique, comme le covoiturage ou l’autopartage, mais qui ne font pas l’affaire des industriels du secteur. Cf : Les conséquences brutales du covoiturage et de l’autopartage sur la filière automobile. Philippe Jacqué. Le Monde.16/01/2016. http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/01/16/autopartage-et-covoiturage-pourraient-couter-20-du-chiffre-d-affaires-de-la-filiere-automobile_4848400_3234.htm

[12Les 21000 avions commerciaux, les 1100 millions de véhicules routiers et les millions de bateaux à moteur en circulation dans le monde émettent chaque année plus de 7 milliards de tonnes de CO2 et consomment plus de 28 milliards de tonnes d’oxygène, sans compter les millions de tonnes de polluants qu’ils déversent chaque année dans l’atmosphère. Ainsi, les besoins en ressources atmosphériques de ces engins thermo-mécaniques surpassent très largement les besoins vitaux des 7 milliards d’humains qui consomment annuellement pour leur respiration environ 1,75 milliard de tonnes d’oxygène et exhalent environ 3,5 milliards de tonnes de CO2.
La baisse de la concentration en oxygène dans l’air, impactant directement la santé humaine, va devenir un sujet de plus en plus préoccupant. (Cf :O2 Dropping Faster than CO2 Rising.Implications for Climate Change Policies. ISIS Report.19/08/09 http://www.i-sis.org.uk/O2DroppingFasterThanCO2Rising.php)

[13La fabrication des quelques 85 millions de véhicules produits annuellement dans le monde, représente un coût carbone d’environ 680 millions de TeqCO2/an

[14Le réseau routier mondial s’étend sur une longueur totale d’environ 64 millions de km dont 340 000 km d’autoroutes.
Cet immense réseau représente une surface « imperméabilisée » d’environ 448000 km2, dont 8500 km2 rien que pour les autoroutes. Cette surface imperméabilisée interdit le captage par les sols et la végétation d’environ 450 millions de tonnes de CO2 atmosphérique chaque année. La construction des 340 0000 km d’autoroutes représente un coût carbone d’environ 1,2 milliard de TeqCO2, auquel il convient de rajouter les quelques 150 millions de Teq CO2 contenus dans les sols relargués lors de la construction des autoroutes.
L’autoroute la plus large au monde, située au Texas, offre 26 voies de circulation, ce qui représente une surface imperméabilisée d’environ 10 hectares/km.
Cette course suicidaire au "goudronnage" de la Planète n’est pas finie, puisque les lobbies routiers prévoient la construction de 25 millions de km de routes supplémentaires

[15Merci Volkswagen ! Stéphane Foucart. Le Monde. 29/09/2015.
http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/09/28/merci-volkswagen_4774535_3232.html

[16Exxon « ne partage pas les vues des climato-sceptiques » mais les finance en douce.
16/07/2015 http://www.slate.fr/story/104427/exxon-finance-climato-sceptiques

[17Le mythe de la "voiture propre" est écorné chaque jour un peu plus, comme après les observations des émissions en cycle réel des véhicules Cf : Devant la commission Royal, Renault révèle les failles de son moteur diesel. P. Jacqué et L. Van Eeckhout. Le Monde 20/01/2016. http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/01/19/devant-la-commission-royal-renault-revele-les-failles-de-son-moteur-diesel_4849711_3234.html

[18Au de-là d’un certain seuil (appelé "point de basculement") , certains composants peuvent transiter assez rapidement dans un autre état, constituant ce que les spécialistes appellent une "surprise" climatique

[19L’effroyable surprise des catastrophes certaines. JP Dupuy. Le Monde. 23/9/2015. http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/09/22/l-effroyable-surprise-des-catastrophes-certaines_4766826_3234.html