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Pédagogie des catastrophes

dimanche 4 février 2018

Le déferlement d’ouragans surpuissants dans l’Atlantique Nord a constitué l’évènement climatique mondial de cet été 2017. L’hypermédiatisation des calamités a frappé les esprits. Pour l’opinion publique occidentale, ces phénomènes sont le signe qu’il se passe quelque chose au niveau du climat. Les météorologues disent manquer de recul historique pour se prononcer. Pour les climatologues, les records de la saison cyclonique 2017 sont liés au réchauffement planétaire [1] [2]. Mais on est encore loin d’envisager une remise en cause des modes de développement, de consommation et de mobilité, pourtant incompatibles avec la sauvegarde du climat et de l’environnement de notre Planète. Combien faudra-t-il de « plaies climatiques » pour que l’humanité consente à cela ?
Fin août 2017, une partie du Texas, dont Houston (6 millions d’habitants), a été submergée par les flots, touchée de plein fouet par l’ouragan Harvey [3] . Cette catastrophe climatique, amplifiée par des choix urbanistiques erronés, a pris à contre-pied le climato-scepticisme de M. Trump, champion de « l’Amérique d’abord », trois mois après sa décision de quitter l’Accord de Paris sur le climat. L’opinion publique américaine pourrait contraindre l’imprévisible président américain à revoir sa position.
Houston, 4ème ville de la première puissance économique mondiale, qui a subi sa cinquième inondation majeure et la pire en huit ans, se révèle aussi vulnérable que n’importe quelle mégapole de pays en développement. Cela souligne l’insoutenabilité de l’urbanisation débridée, norme actuelle de la plupart des grandes agglomérations, s’articulant autour des infrastructures routières. « Les promoteurs immobiliers, les industriels et les élus locaux ont souvent négligé les risques d’inondation dans la construction des rues et des bâtiments….Houston, capitale mondiale de l’industrie du pétrole, a fait le choix du tout-voiture, avec des autoroutes à vingt voies, d’immenses parkings en béton et des centres commerciaux dépourvus d’espaces verts, qui empêchent l’absorption des eaux dans le sol…Depuis les années 1970, la région de Houston a perdu les deux tiers de ses zones humides. Pour les gens de la ville, la prairie était juste un terrain vague, monotone et inutile. » [4]
Même si certains élus et citoyens de la ville d’Houston appellent à rendre leur ville plus durable, la solution n’est pas facile. Comment revenir sur 50 ans d’investissements insensés où l’on a imperméabilisé des milliers d’hectares [5] ? Faudra-t-il rendre au sol vivant toute sa place et ses fonctions en détruisant tout ou partie de ces gigantesques autoroutes et parkings dédiés à la voiture individuelle ? La voiture électrique ne constitue évidemment pas un élément de la solution.
A l’heure où l’on urbanise à tout va les zones humides et les espaces forestiers de l’Aquitaine, en particulier dans deux agglomérations soumises à des risques d’inondation (Bordeaux et Bayonne), l’exemple de la ville d’Houston est à méditer. Ce ne sont pas les mesures compensatoires [6] , telles que pratiquées aujourd’hui, qui changeront la donne et renforceront la résilience de nos territoires.

Daniel Delestre
Publication initiale : 03/10/2017
Mise à jour du 16/12/2017


[1Dans l’Atlantique Nord, la saison cyclonique cumule les records. Martine Valco. Le Monde. 29/09/2017
http://www.lemonde.fr/climat/article/2017/09/27/dans-l-atlantique-nord-une-saison-cyclonique-de-tous-les-records_5192413_1652612.html

[2Selon une étude des chercheurs du World Weather Attribution, le réchauffement climatique d’origine anthropique, a rendu les pluies diluviennes du cyclone Harvey 15% plus importantes et leur survenue trois fois plus probable

[3L’ouragan Harvey qui a frappé le Texas du 25 août au 1er septembre 2017, a fait 70 victimes et engendré des dégâts estimés à 180 milliards de dollars : destruction d’un million de véhicules et de 12700 maisons.
https://www.thebalance.com/hurricane-harvey-facts-damage-costs-4150087

[4La malédiction de Houston. Yves Eudes. Le Monde. 16/09/2017

[5En France, les infrastructures routières et les parkings construits pour les 35 millions de véhicules en circulation ont induit l’imperméabilisation (en anglais : soil sealing) d’un million d’hectares, soit une moyenne de 285 m2 par véhicule (estimation 2006)

[6Les mesures compensatoires écologiques doivent théoriquement faire appel à des actions de restauration, de réhabilitation, de création ou de renaturation, qui seules permettent d’éviter une perte sèche de zone humide ou d’espace forestier. Ce qui est très rarement le cas.