Accueil > Dossiers > Energie-climat > Impacts de la centrale nucléaire du Blayais sur la faune estuarienne

Impacts de la centrale nucléaire du Blayais sur la faune estuarienne

dimanche 2 août 2020

La centrale nucléaire de Blayais avec ses 4 réacteurs en activité depuis près de 40 ans, impacte lourdement la biodiversité aquatique de l’estuaire de la Gironde.
Il semble, à ce jour, peu probable que le Parc Naturel Marin de l’estuaire de la Gironde, créé en 2015, puisse contribuer à atténuer les impacts majeurs de cette centrale, sur la biodiversité estuarienne.

La centrale nucléaire de Blayais, située au bord de l’estuaire de la Gironde, impacte la faune estuarienne de différentes façons :
 par son système de refroidissement en circuit ouvert, qui l’amène à pomper chaque année quelques 5 milliards de m3 d’eau saumâtre dans l’estuaire et ses organismes qui y vivent [1]
 par le rejet dans l’estuaire de ces mêmes eaux réchauffées lors de leur passage dans les tubes des condenseurs. L’énergie thermique extraite des condenseurs est intégralement transférée au milieu aquatique de l’estuaire
 par le rejet dans l’estuaire des effluents liquides chimiques et radioactifs produits par la centrale

Impacts du système de refroidissement
Les quelques 5 milliards de m3 d’eau prélevés annuellement dans l’estuaire sont destinés, après filtration sur des tambours à :
 assurer le refroidissement des condenseurs et des groupes alternateurs
 alimenter le circuit d’eau brute des secours
 laver les équipements de récupération des organismes vivants et les tambours filtrants.
Le système de refroidissement de la centrale de Braud impacte [2] de nombreuses espèces aquatiques.
Les organismes (phytoplancton, zooplancton, crevettes blanches, civelles, juvéniles...) transitant dans les condenseurs, et subissant stress mécanique et thermique, ont une faible espérance de survie.
Globalement pour les crevettes blanches, il a été estimé que les quantités détruites par la centrale étaient équivalentes aux quantités prélevées par la pêche.
Concernant les civelles, la quasi‐totalité (97%) pénètreraient dans le circuit de refroidissement où le taux de mortalité serait de 9% en mortalité immédiate et 15% en mortalité différée.
Concernant les juvéniles dévalants il a été observé :
 qu’en 1981 et 1982, 56 000 juvéniles d’Alosa alosa (170 kg) et 520 000 juvéniles d’Alosa fallax (720 kg) ont été détruits par la centrale
 qu’en 1984-1985, 741 200 alosons d’Alosa alosa (1,3 tonnes) et 2 600 000 alosons d’Alosa fallax (3,7 tonnes) ont été détruits par la centrale

Concernant les poissons, le taux de mortalité due à l’impact mécanique et au stress (exposition à l’air libre notamment), varie beaucoup d’une espèce à l’autre. Les taux de mortalité varient entre 5% (mulet) et 100% (sprat, syngnathe, aloses). Les quantités annuelles détruites varient entre 0,35 t (mulet) à 95,6 t (gobies), représentant de quelques millions à plusieurs centaines de millions d’individus.

Malgré les améliorations apportées au fil des années, le système de refroidissement de la centrale de Braud continue de détruire les organismes aquatiques (ce qu’il en reste...), comme l’a confirmé EDF en 2011 [3] :
« L’étude de l’impact des prélèvements d’eau réalisés dans l’Estuaire de la Gironde a montré que les quantités d’organismes aquatiques entraînées par les prises d’eau du CNPE étaient relativement importantes (de l’ordre de 300 à 400 tonnes par an).
L’entraînement et la circulation dans les circuits de réfrigération d’espèces fragiles ou des juvéniles, peuvent se montrer dommageable (alosons, civelles, crevette blanche...)
L’impact des prélèvements d’eau réalisés par le CNPE concerne tout particulièrement les juvéniles de Grande Alose, où les mortalités engendrées par la centrale représentent environ 10% du stock estuaire... »
.

Avis de l’Autorité Environnementale de 2011
Dans son avis de 2011, l’Autorité Environnementale a relevé nombre de points intéressants concernant l’impact du CNPE du Blayais sur la biodiversité estuarienne :
"L’impact le plus important réside dans les dommages causés par les tambours rotatifs des installations de prise d’eau dans l’estuaire. La mortalité annuelle est estimée à une biomasse de 185 tonnes [4].
 Concernant les espèces faisant l’objet d’une protection particulière, les pertes sont estimées à 10% pour la grande alose, et entre 2 et 6 % pour l’alose feinte, par rapport aux stocks estuariens.
 Il est erroné de dire qu’il n’existe pas d’impact sur les esturgeons, compte tenu de certaines observations sur les tambours lors de plusieurs périodes de suivi (1981, 1982, 2010), alors même qu’un site très fréquenté par les juvéniles se trouve à quelques kilomètres à l’aval. Les explications sur les parts relatives de responsabilité du CNPE et de la pêche professionnelle méritent un réexamen, car datant des années 1980, alors que la régression de la pêche a dû corrélativement augmenter la part imputable au CNPE. Les conclusions tirées par le maître d’ouvrage sur l’impact des prélèvements d’eau sur la faune piscicole ne peuvent être considérées en l’état comme démontrées.
 L’anguille au stade juvénile (civelle) est également une espèce exposée, dont la protection fait l’objet d’un règlement communautaire en date du 18 septembre 2007 et d’un plan de gestion du gouvernement français (approuvé par la Commission européenne le 15 février 2010) qui place l’estuaire de la Gironde en zone d’actions prioritaires. Le volet local Garonne-Dordogne-Charente-Seudre-Leyre du plan national (également notifié à la Commission européenne) traite des mortalités de civelles causées par le CNPE du Blayais (estimation : mortalité immédiate de 9%, et différée de 15%, par rapport aux individus aspirés) et comprend pour la période 2008-12 un ensemble de mesures de gestion approuvées, parmi lesquelles : « Limiter les impacts des pompages du CNPE du Blayais ».
 Pour les alevins passant dans le dispositif de filtration, il serait a priori surprenant qu’un accroissement de 11°C (maximum) en quelques minutes, la succession des chocs mécaniques et hypoxiques, le confinement, puis le rejet dans une eau qui peut atteindre 36°C en été aient un effet négligeable.
 Concernant les impacts thermiques, les conclusions tirées par EDF des travaux effectués par des laboratoires scientifiques semblent parfois hâtives. Affirmer l’absence d’incidence notable sur le stock de zooplancton ne découle pas des études disponibles. Concernant les invertébrés aquatiques suivis depuis 2006, il est actuellement impossible de conclure, dans un sens ou dans un autre. Concernant les poissons et crustacés, dans l’état actuel des données scientifiques, il ne peut être exclu que le réchauffement causé par le CNPE, en conjugaison avec d’autres causes, ait une part de responsabilité dans l’évolution des populations."

Si l’on s’en tient aux chiffres avancés par EDF, en plus de 30 ans de fonctionnement la centrale nucléaire de Braud a déjà provoqué la destruction de plus de 10 000 tonnes d’organismes aquatiques.
Ce qui permet d’affirmer que cette centrale a constitué l’un des facteurs de la quasi-disparition de certaines espèces de poissons migrateurs dans l’estuaire de la Gironde.
Il semble, à ce jour, peu probable que le Parc Naturel Marin de l’estuaire de la Gironde et de la mer de Pertuis créé en 2015, soit en mesure d’intégrer dans son futur plan de gestion, une meilleure connaissance des interactions de la centrale nucléaire du Blayais avec les milieux naturels de l’estuaire, ainsi que des mesures d’évitement, de réduction et de compensation de ses impacts.

Documents et sites à consulter :
 Réponses d’un population aux forçages environnementaux et anthropiques : le suivi à long terme de la crevette Palaemon Longirostris de l’estuaire de la Gironde (1979-2007). Mélanie BEGUER. 2009
 Les aloses du système estuarien Gironde Garonne Dordogne. Mortalités engendrées par l’industrie et la pêche dans le cas des juvéniles d’Alosa alosa et d’Alosa fallax de 1985 à 1988. C. Taverny et P. Elie. CEMAGREF Novembre 1989
 Surveillance écologique du site du Blayais. Rapport scientifique 2015, sous l’égide d’EDF
 Ecologie de l’estuaire de la Gironde
 Impact des équipements de refroidissement de la centrale du Blayais sur les espèces piscicoles
 Quel référentiel de fonctionnement pour les écosystèmes estuariens ?
Le cas des cortèges de poissons fréquentant l’estuaire de la Gironde.

Jérémy Lobry 2004.
 Dévalaison des juvéniles et tactiques gagnantes chez la Grande Alose et l’Alose Feinte.Aude Lochet. 2006
 Estuaire de la Gironde. Bilan des connaissances relatives à la faune et à la flore, aux paysages, à l’occupation du sol. Inventaire des contraintes d’environnement.
 Plan de gestion Anguille de la France
Volet local Garonne-Dordogne-Charente-Seudre-Leyre
. 5 février 2010.
 Plan de gestion des poissons migrateurs (Garonne • Dordogne • Charente • Seudre • Leyre) 2008-2012

Echos médiatiques :
Des millions de poissons pris au piège des centrales nucléaires en France. Jade Lindgaard. 01/08/2020. Mediapart.

Mise à jour du 02/08/2020

Portfolio


[1Ce sont environ 15% des débits de Garonne et de la Dordogne, qui transitent en continu par la centrale de Braud

[2Chaque pompe de circulation est associée à un tambour filtrant de 15 m de diamètre et 6,15 m de largeur, recouvert d’un tamis métallique de maille carrée de 3 mm et garni de godets. Il y a deux tambours par tranche, soit huit tambours au total. Les organismes aspirés de plus de 3 mm sont alors plaqués sur les tambours, récupérés par des rampes de lavage basse pression (environ 1 bar) et haute pression (3,5 – 4,5 bars), et rejetés dans l’Estuaire. Les organismes peuvent subir des traumatismes mécaniques lors de ce processus. Les organismes passant à travers les tambours, c’est‐à‐dire le plancton et la petite faune vagile (mysidacés, larves de crevettes), transitent durant vingt minutes dans le circuit de refroidissement de la centrale.
Ils subissent alors des stress mécaniques, de fortes pressions, et une élévation de température d’environ 11°C.

[3Cf Dossier d’enquête publique sur le moxage des tranches 3 et 4 du CNPE du Blayais

[4Ce chiffre est un peu plus faible que celui de 200 tonnes présenté à la CLI du Blayais le 30 octobre 1998. Il faut garder en mémoire que ces mortalités ne concernent que celles sur tamis, et pas celles qui sont constatées dans le dispositif d’évacuation ou après rejet dans l’estuaire