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Glyphosate : à quand l’interdiction définitive ?

jeudi 8 février 2018

Depuis le dernier vote de 2016, 10 Etats s’opposaient au renouvellement de l’autorisation du glyphosate pour 10 ans (Belgique, Croatie, Slovénie, Grèce, France, Italie, Luxembourg, Autriche, malte, Suède) et 2 Etats devaient s’abstenir Allemagne et Portugal). En octobre 2017, le Parlement européen avait adopté une résolution non contraignante en faveur d’une interdiction totale du glyphosate d’ici à cinq ans, assortie d’une interdiction partielle immédiate d’utilisation dans les espaces publics le 15 septembre 2017.
Finalement, le 27 novembre 2017, la Commission Européenne a obtenu (après 5 tentatives manquées) la majorité qualifiée de 55% lui permettant de reconduire l’autorisation de l’utilisation du glyphosate dans l’UE pour une durée de 5 ans.

Cette majorité a été possible « grâce » au vote favorable du ministre de l’agriculture Allemand, alors que, selon sa ministre de l’environnement, l’Allemagne devait s’abstenir. En France, on constate également un désaccord patent entre les ministres de l’agriculture (S. Travert) qui s’est dit « heureux » de l’accord européen et le ministre de la Transition écologique et solidaire (N. Hulot) qui préférait un renouvellement de trois ans et a voté contre la proposition de la Commission européenne.
Le chef de l’Etat, E. Macron a tranché en déclarant avoir «  demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l’utilisation du glyphosate soit interdite en France, dès que des alternatives auront été trouvées et au plus tard dans trois ans  ».
Si cette interdiction est techniquement possible, elle exposerait néanmoins la France à des poursuites judiciaires de la part des fabricants de pesticides, tout en faisant peser sur les agriculteurs français des risques de distorsion de concurrence, à leur désavantage, leurs homologues européens continuant d’utiliser ce produit. C’est ce qui explique la levée de bouclier de la FNSEA qui voyait d’un mauvais œil, la proposition du Ministre de l’écologie d’interdire l’utilisation du glyphosate dans un proche avenir et demandait une reconduction de l’autorisation allant jusqu’à quinze ans !

De quoi s’agit-il ?
Le glyphosate est commercialisé depuis 25 ans par Monsanto qui met aussi sur le marché des semences « Roundup ready » génétiquement modifiées pour résister au glyphosate lorsque l’on veut désherber, c’est-à-dire tuer toutes les adventices. Depuis 2000, le brevet étant tombé dans le domaine public, 90 fabricants le commercialisent dans 130 pays. Le glyphosate représente 25 % du marché mondial des herbicides. En France, cela représente plus de 8000 t sur 31 000 t d’herbicides utilisés. Les principales cultures traitées aux herbicides sont la betterave, la pomme de terre, le colza et blé dur, le maïs et l’orge, les pois et blés tendres, tous à plus de 90% des surfaces traitées. Or, cet herbicide fait l’objet d’une contestation publique et politique croissante dans l’Union Européenne

Quel est le problème ?
Le 20 mars 2015, le glyphosate a été classé « cancérogène probable » pour l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l’Organisation mondiale de la santé. Ceci aurait dû, d’après le règlement 1107/2009 relatif à la mise sur le marché des pesticides, suffire à le retirer du marché. Malgré cela, alors que sept études menées à long terme sur des animaux avaient mis en évidence l’incidence du glyphosate sur le développement de tumeurs, l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) rendait un avis favorable au maintien sur le marché le 12 novembre 2015. La position du CIRC a heureusement été soutenue par plusieurs scientifiques indépendants.
Enfin, pour couronner le tout, on a découvert plusieurs passages copiés-collés de documents émanant de l’industrie chimique dans le rapport d’expertise de l’EFSA. Comme l’a précisé le Président de la République lors de son discours du 10 octobre à Rungis dans le cadre des états généraux de l’alimentation, la France se doit d’être exemplaire en termes d’indépendance de l’expertise.

Il y en a partout, du sol à notre sang en passant par nos assiettes.
En 2013 une étude montrait que 60 % des cours d’eau français contenaient du glyphosate ou son produit de dégradation (AMPA). Par ailleurs, le glyphosate modifie la chimie des sols et réduit l’absorption des éléments nutritifs par les végétaux.
En septembre dernier, l’ONG Générations Futures a publié les résultats d’analyses de 30 produits alimentaires de consommation courante parmi lesquels le colza, le maïs et autres céréales, les pommes de terres, les céréales de petit déjeuner, de légumineuses ou de pâtes alimentaires : le glyphosate est présent dans plus de la moitié d’entre eux.
Une étude précédente sur un échantillon de 30 personnes (test sur les urines) avait révélé que tous les échantillons contenaient du glyphosate à une concentration supérieure à la valeur minimale de concentration du test LQ.

Quelle agriculture voulons-nous ?
En effet, cela remet en cause le modèle d’agriculture conventionnelle des pays européens utilisateurs d’herbicides, parmi lesquels la France qui se classe au 3ème rang avec 1,10 kg/ha, après le Belgique et les Pays-bas.
Pourtant, le règlement européen pesticides de 2009 permet dans son article premier d’invoquer le principe de précaution pour bannir sur son territoire l’usage de produits contenant cette substance active « lorsqu’il existe une incertitude scientifique quant aux risques concernant la santé humaine ou animale ou l’environnement que représentent des produits phytopharmaceutiques » (d’après Me François Lafforgue, avocat de l’association Générations futures et de victimes de pesticides).

Est-il vraiment possible de se passer du glyphosate ?
Le glyphosate permet d’éliminer toutes les plantes indésirables pour laisser la place aux cultures sans avoir à travailler le sol. Il existe d’autres produits chimiques mais tout aussi néfastes pour l’environnement. Actuellement aucun produit naturel ne peut lui être substitué, même si certains sont à l’étude.
Pourtant le glyphosate n’a pas toujours existé, alors pourquoi serait-il impossible de s’en passer ?
Nous avons vu dans un précédent SON (n°174) que la vigne peut très bien se passer d’herbicide. L’INRA dans son rapport sur les "usages et les alternatives au glyphosate dans l’agriculture française", remis le 1er décembre 2017, signale que parmi le millier de fermes de grandes cultures du réseau Dephy, créées dans le cadre d’Ecophyto, 43% des agriculteurs en conventionnel n’ utilisaient jamais de glyphosate. Les moyens de s’en passer sont le désherbage mécanique, le labour (enfouissement de la végétation), la culture sous mulch vivant, et plus globalement une "somme de stratégies d’évitement partiel ». Ce qui nécessite, pour les agriculteurs conventionnels, "des changements profonds". Dans le contexte actuel de grandes superficies agricoles exploitées avec un minimum de personnel, cela demande de se poser la question du modèle agricole que nous voulons. Pourtant certains pays comme le Sri Lanka ont décidé de s’en passer !

Bien que la France se soit positionnée pour un renouvellement de 3 ans seulement, il est nécessaire d’insister pour que soit décidée l’interdiction totale à l’issue de la période de renouvellement et que cette molécule ne soit pas remplacée par une autre aussi dangereuse pour la santé et l’environnement.

Colette GOUANELLE
Secrétaire générale de la Sepanso Gironde
Administratrice de la Fédération Sepanso Aquitaine

Article publié dans la revue Sud-Ouest Nature N°177 hiver 2017/2018
Mise en ligne du 08/09/2018