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Herbicides en forêt

samedi 13 janvier 2018

Dans un ouvrage du CEMAGREF sur les techniques de reboisement datant de 1992, on trouve les modalités d’utilisation des herbicides, dont le glyphosate, pour éradiquer les fougères aigle, bruyères, graminées, rejets ligneux…Les sylviculteurs actuels qui pratiquent ce qu’ils appellent une « gestion durable » se défendent d’épandre des pesticides en forêt. Or plusieurs témoignages contredisent cette affirmation. Et d’après une enquête de Reporterre [1] , le glyphosate sévit aussi en forêt de même qu’il existe une liste d’herbicides homologués pour les traitements forestiers.

En Picardie, une ONG relate le traitement de ronces par le glyphosate avant une coupe à blanc, mais l’ONF, donneur d’ordre, dit avoir respecté les conditions prévues par la loi.

Dans les Landes de Gascogne, une première alerte avait eu lieu en 2016 à Balizac, puis une autre en mars 2017 à Saint Symphorien (Gironde) où un apiculteur avait vu des callunes vraisemblablement traitées. Début octobre, cet apiculteur semi-professionnel de Saint-Symphorien était en train de s’occuper de ses ruches, quand il a « vu passer le tracteur avec l’appareil entre les allées de pins », raconte-t-il. Il a même pu connaître le nom du produit utilisé : du Barbarian, dont le composant actif est le glyphosate. Les callunes étaient en fleurs, le moment idéal pour produire du miel. « Les champs de fleurs diminuent à cause des épandages, la lande change. Ceux qui font cela n’aiment pas la forêt », regrette-t-il.

Dans la région, (P. Barbedienne, directeur de la Sepanso), recense les cas d’épandages d’herbicides depuis plusieurs années. « Avant, on en entendait parler pour supprimer les rejets de feuillus. Puis depuis la tempête de 2009, on a des signalements sur la molinie [2]. Sur la bruyère callune, cela fait 3 à 4 ans que j’ai des retours  », énumère-t-il. L’impact de ces pratiques l’inquiète : « La molinie concurrence les jeunes arbres, certes, mais c’est aussi la plante hôte d’un papillon protégé, le Fadet des laîches », note le directeur. « Quant à la bruyère callune, elle fait partie de la biodiversité des landes sèches. On nous rapporte des épandages sur des parcelles où les pins ont déjà 25 ans. Dans ce cas, j’ai du mal à comprendre en quoi elle présente une gêne. »
Le glyphosate est efficace sur toutes les plantes de sous-bois et est principalement utilisé dans les parcelles en régénération, pour détruire la végétation basse afin de permettre aux tout jeunes arbres de se faire une place. C’est ce qu’explique Catherine Collet-Lévy, chargée de recherches à l’INRA de Nancy et spécialiste de la gestion de la végétation en forêt. Mais elle ajoute que les herbicides sont de moins en moins utilisés dans la gestion forestière et que l’INRA développe des moyens mécaniques.

La Loi Labbé [3], en vigueur depuis le 1er janvier 2017, qui interdit pourtant l’usage des produits phytosanitaires dans les espaces publics, s’applique aussi aux forêts mais cela concerne les parties ouvertes au public.

Du côté du Syndicat des sylviculteurs du Sud-ouest (SySSO), qui regroupe une bonne partie des propriétaires privés de forêt dans le massif des landes de Gascogne, on se défend de tels agissements : tout au plus quelques cas individuels. Il est vrai qu’il n’y a pas plus respectueux de l’environnement qu’un sylviculteur du Sud-Ouest !

Pourtant, il semble bien que cette pratique récente et encore peu importante se développe. Affaire à suivre !

CG (D’après l’article de Reporterre)

Article publié dans le N°177 hiver 2017-2018 de la revue Sud-Ouest Nature.
Mise en ligne le 13/09/2018


[1Le glyphosate sévit aussi en forêt, dont l’exploitation s’industrialise
25 octobre 2017. Marie Astier https://reporterre.net/Le-glyphosate-sevit-aussi-en-foret-dont-l-exploitation-s-industrialise

[2Molinie : famille d’herbes des sols humides