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Climat : au delà de cette limite notre ticket n’est plus valable

mardi 14 janvier 2020

Selon le rapport spécial du GIEC, publié en octobre 2018, le respect du seuil de 1,5°C de réchauffement global, impose un budget carbone maximal de 550 Gt de CO2, soit 13 années au rythme actuel d’émission, et une concentration maximale en CO2 atmosphérique de 435 ppm.
Au-delà de cette limite, notre "ticket" ne sera plus valable.

L’Accord de Paris visait à limiter le réchauffement planétaire à 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels , et si possible à le contenir sous la barre des 1,5°C, d’ici la fin du 21ème siècle.
Le rapport spécial du GIEC [1], publié le 8 octobre 2018, évalue la faisabilité de ces objectifs, en estime les impacts associés et suggère des actions à engager pour éviter cette évolution.

Hausse des émissions de CO2
Traduisant l’échec des tentatives de gouvernance onusienne du climat, les émissions de dioxyde de carbone (CO2) issues de la combustion des énergies fossiles continuent d’augmenter pour atteindre 37 milliards de tonnes (Gigatonne Gt) en 2018, en augmentation de 2,7% par rapport à 2017 et de 75% par rapport à 1988. [2]
La concentration en CO2 atmosphérique, principal gaz à effet de serre) augmente au taux annuel de 2,16 parties par million (ppm), pour atteindre 407 ppm en 2018 soit 45% de plus que les niveaux préindustriels et 16% de plus qu’en 1988. Le cumul des émissions globales de CO2 de 1870 à 2017, s’établit à 2200 Gt CO2, dont 1539 Gt CO2 pour les combustibles fossiles et l’industrie, et 660 Gt CO2 pour le changement d’affectation des terres.

Hausse des températures globales
Le réchauffement observé en 2017 est de 1±0,2°C en 2017, par rapport à la période préindustrielle, et au rythme actuel, le seuil de 1,5 °C de réchauffement pourrait être atteint entre 2030 et 2052 .

Recommandations du GIEC pour limiter le réchauffement à 1,5°C ou 2°C
Selon le GIEC, les contributions nationales proposées lors de l’Accord de Paris sont insuffisantes pour limiter le réchauffement en deçà de 2 °C, mais conduisent plutôt à un réchauffement de l’ordre de 3°C à la fin 2100, qui continue au-delà.
La limitation du réchauffement à 1,5 °C impose de réduire les émissions nettes de CO2 et autres GES d’environ 45 % par rapport aux niveaux de 2010 d’ici à 2030, pour atteindre un « bilan nul » des émissions nettes aux alentours de 2050. Limiter le réchauffement à 2°C, impose une baisse des émissions mondiales de CO2 de 20% d’ici 2030 par rapport à 2010, pour arriver à zéro en 2075. [3]

Budget carbone
Le budget carbone [4] est défini comme les émissions cumulées restant à émettre à partir de maintenant, pour éviter un seuil donné de réchauffement. Ce budget intègre les émissions cumulées de 1870 à 2018. Selon le GIEC, le respect de la limite de 1,5°C avec 2 chances sur 3 de succès exige un budget de 550 Gt CO2. Le respect de cette limite avec 1 chance sur 2 de succès induit un budget de 750 Gt CO2.
Ces chiffres correspondent à 13 années au niveau actuel d’émissions dans un cas et à 18 années dans l’autre, c’est dire combien la marge de manœuvre est réduite, dans le contexte actuel de forte croissance démographique.
Ils signifient aussi que la concentration maximale en CO2 atmosphérique ne doit pas dépasser 435 ppm dans la première hypothèse et 446 ppm dans l’autre.

Inefficacité des tentatives de gouvernance onusienne du climat
Les négociations climatiques internationales sous l’égide de l’ONU ont-elles de bonnes chances de nous éviter le pire ? Un retour sur les 30 années qui viennent de s’écouler depuis la création du GIEC, jette le doute. Et cela pour de multiples raisons.
Pour Stefan Aykut [5], "la gouvernance climatique mondiale, ainsi que presque toutes les politiques climatiques nationales, poursuit l’objectif de réglementer les émissions de gaz à effet de serre. De telles mesures, agissant au niveau des « pots d’échappement, font l’impasse sur des aspects pourtant cruciaux, tels que les problématiques portant sur les infrastructures, mais aussi l’extraction, la production et le commerce des combustibles fossiles. Ces enjeux ne sont pas abordés dans les négociations sur le climat alors que nous savons pertinemment qu’une infrastructure, dès lors qu’elle est construite, peut conduire à un verrouillage carbone à long terme, et que les combustibles fossiles, dès lors qu’ils sont extraits, ont de très fortes chances d’être brûlés."
Lors de la COP24 à Katowice, 4 pays pétroliers, l’Arabie saoudite, le Koweit, la Russie et les Etats-unis se sont alliés pour édulcorer le rapport du GIEC sur la nécessité de limiter le réchauffement à 1,5°C. [6] [7]
Autre faille de la gouvernance climatique, les émissions de GES des transports aériens et maritimes internationaux (soutes internationales) sont exclues des négociations, alors qu’elles s’élèvent en 2018 à environ 2 Gt CO2, soit plus de 5% des émissions mondiales et qu’elles sont en très forte croissance du fait de l’explosion du trafic aérien [8]. Cette croissance est largement dopée par la détaxation du kérosène et du fioul lourd. [9]
A noter enfin le refus idéologique de remettre en cause le modèle économique dominant actuel s’appuyant sur la croissance. Et pourtant, les observations prouvent que la corrélation entre les émissions de GES et la croissance économique est très forte. « Sans changements significatifs, la croissance des émissions de CO2 sera proportionnelle à la croissance continue de l’économie mondiale. » [10].
Contenir le réchauffement dans la limite des 1,5°C ou 2°C, exige au minimum l’élargissement du cadre actuel de la gouvernance climatique mondiale, et la remise en cause des dogmes économiques en vigueur.

Mise en ligne du 05/02/2019
Mise à jour du 07/08/2020

Portfolio


[1Rapport spécial du GIEC sur les conséquences d’un réchauffement de 1,5°C http://report.ipcc.ch/sr15/

[2Données du Global Carbon, avec la répartition suivante : charbon (40%), pétrole (35%), gaz (20%), ciment (4%) brûlage à la torche (1%) http://www.globalcarbonproject.org/

[3Les scénarios compatibles avec un réchauffement à 1,5 °C imposent de réduire les émissions nettes à zéro en milieu de siècle et recourir massivement aux « émissions négatives », comme la bioénergie avec capture et séquestration de carbone

[4Estimating and tracking the remaining carbon budget for stringent climate targets. 17/07/2019. Joeri Rogel et al. https://www.nature.com/articles/s41586-019-1368-z

[5Le climat et l’anthropocène.Cadrage, agentivité et politique mondiale après Paris. Stefan Aykut.Penser l’Anthropocène. 01/2018

[7Jean-Denis Renard dénonce opportunément dans le journal Sud Ouest, l’euphorie médiatique autour de la découverte par Total, du gisement offshore sud-africain : Comme le dit un analyste, « toutes les cases sont cochées » à propos de la découverte du gisement offshore sud-africain : emploi, indépendance énergétique, développement économique… Y compris celle du réchauffement climatique puisque l’exploitation de nouveaux combustibles fossiles porte la promesse d’émissions supplémentaires de gaz à effet de serre. Un consensus scientifique s’est forgé sur le sujet. Pour maintenir l’atmosphère terrestre dans les rails du « budget carbone » – la quantité de gaz à effet de serre compatible avec l’objectif d’un réchauffement maximal de 2°C – il faut laisser la plupart des ressources fossiles dans le sol. Cet aspect de la question est souvent évacué des commentaires qui suivent les découvertes pétrolières. Brune Poirson, la secrétaire d’État à la Transition écologique, a rompu avec ces habitudes en réagissant sur Twitter. « Total annonce une découverte importante de drogue dure », écrit-elle en rappelant que la France a voté « l’interdiction de l’exploitation des hydrocarbures sur son territoire ». Pour 2040 et au-delà. Sud Ouest 09/02/2019

[8Le transport aérien et maritime sous le feu des projecteurs. Agence Européenne pour l’Environnement 29/09/2016
https://www.eea.europa.eu/fr/signaux/signaux-2016/articles/le-transport-aerien-et-maritime

[9Carburants : pourquoi les bateaux et les avions échappent aux taxes. Le Figaro. 16/11/2018 http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/11/16/20002-20181116ARTFIG00206-carburants-pourquoi-les-avions-et-les-bateaux-echappent-aux-taxes.php

[10Croissance du PIB et émissions de CO2 sont étroitement liées. Chris Goodall. Techniques de l’Ingénieur .19/07/2009
http://www.techniques-ingenieur.fr/article/article_6165/croissance-du-pib-et-emissions-de-co2-sont-etroitement-lies.html