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LGV SEA (Tours/Bordeaux) : bilan LOTI 2018

vendredi 8 février 2019

Un premier bilan LOTI de la LGV SEA (Sud Europe Atlantique), inaugurée en juillet 2017, a été fourni par le concessionnaire LISEA en janvier 2019.
Le bilan carbone en durée de vie du projet , y valorise la tonne de CO2 évitée à 1638 €, ce qui traduit un piètre ratio coût/efficacité.
Les 128 362 tonnes équivalent CO2 évitées en 2018, selon LISEA, par le report modal de la route et de l’air vers le rail, ont été largement entamées par l’explosion du trafic aérien au départ de Bordeaux Mérignac qui a généré une hausse des émissions de 61 000 tonnes equivalent CO2.
Contrairement à certains discours convenus sur le sujet, il serait naïf et économiquement suicidaire, de croire que l’on peut compter sur les projets de LGV existants ou à venir, pour conduire la France à une neutralité carbone en 2050 et sauver le climat de la Planète.

Un bilan carbone de la concession de la LGV SEA Tours/Bordeaux est fourni dans le bilan LOTI 2018 établi par le concessionnaire LISEA.

1 - Estimation EX POST du volume d’émissions de gaz à effet de serre lié au chantier
Selon LISEA, la construction des 302 km de lignes nouvelles, des 38 km de raccordements et de 4 bases de maintenances, pour la somme de 7,7 milliards €, a provoqué l’émission de 1 370 910 tonnes équivalent CO2 (t.éq. CO2)

Ventilation des émissions par poste de chantier :
 Personnel, études, installation de chantier : 104 626 tonnes équivalent CO2 (t.éq. CO2)
 Libération d’emprises : 4 200 t.éq. CO2
 Boisements compensateurs : 921 t.éq.CO2
 Construction des bâtiments d’exploitation : 46 445 t.éq.CO2
 Ouvrages en terre : 463 895 t.éq.CO2
 Ouvrages d’art non courants : 137 080 t.éq.CO2
 Ouvrages d’art courants : 115 095 t.éq.CO2
 Assainissement : 4 586 t.éq.CO2
 Clôtures : 3 594 t.éq.CO2
 Aménagements paysagers : 131 t.éq.CO2
 Pré ballastage et approvisionnement ballast : 27 097 t.éq.CO2
 Chaussée et équipement de la route : 47 867 t.éq.CO2
 Travaux des voies ferrées : 297 043 t.éq.CO2
 Travaux de voies caténaires : 100 013 t.éq.CO2
 Travaux d’énergie : 7480 t.éq.CO2
 Travaux de signalisation : 10 837 t.éq.CO2

2- Estimation EX ANTE des émissions de GES lié à l’exploitation et à la maintenance
Selon LISEA ces émission sont estimées à 1200 t.éq.CO2 par an

3- Estimation EX ANTE des émissions de GES évitées grâce au report modal
Selon LISEA, les émissions évitées sont estimées à 128 362 t.éq.CO2/an, dont 49 067 t.éq.CO2 pour le mode routier, et 79 295 t.éq.CO2/an pour le mode aérien.

4- Résultats du bilan carbone
Selon LISEA, les émissions générées par la construction de la ligne devraient être compensées au bout de 11 ans par les émissions évitées grâce au report modal.
La neutralité carbone du projet devrait être atteinte en 2028.

5 - Analyse
 Sur les 50 ans de la concession (2011 à 2061), ce projet ferroviaire de 7,7 milliards € permettrait, selon LISEA, d’économiser 4, 7 millions t.éq.CO2, ce qui valorise la tonne de CO2 évitée par le projet à 1638 €, chiffre considérable qui relativise la ratio coût/efficacité de la construction d’une LGV.
 A noter que le bilan carbone n’intègre pas les effets de la destruction des 5309 ha de sols naturels, agricoles et forestiers par le projet, qui implique un manque à absorber le CO2 atmosphérique par les sols d’environ 50 000 tonnes/CO2/an
 Parallèlement à la mise en service de cette nouvelle ligne LGV à destination de Bordeaux, on observe une augmentation considérable du trafic aérien au départ de l’aéroport de Bordeaux Mérignac, avec une hausse de 9,3% d’usagers en 2018 par rapport à l’an passé, soit 576 000 passagers supplémentaires sur un total de 6,8 millions de voyageurs. [1] Cette augmentation du trafic aérien au départ de l’aéroport de Mérignac génère une hausse des émissions de GES d’environ 61 000 t.éq. CO2, soit la moité des émissions évitées par la LGV SEA. [2]
 quant au bilan économique pour la SNCF, de cette LGV SEA, c’était l’Omerta lors des rencontres du 07/02/2019 [3].
On se doute que la réussite commerciale de la nouvelle ligne (hausse du nombre de voyageurs) n’implique pas une réussite financière pour SNCF Mobilités, qui doit s’acquitter de lourds péages à LISEA. [4] [5]

Mise en ligne du 08/02/2019
Mise à jour du 10/02/2018.

Portfolio


[1Aéroport de Bordeaux : trafic en hausse en 2018, mais la liaison avec Paris a du plomb dans l’aile. Fanny Ohier. 10/01/2019. France Bleu Gironde
https://www.francebleu.fr/infos/economie-social/aeroport-de-bordeaux-trafic-en-hausse-en-2018-mais-la-liaison-avec-paris-a-du-plomb-dans-l-aile-1547148947

[2Les émissions gazeuses liées au trafic aérien en France en 2012. DGAC. https://www.sepanso33.org/IMG/pdf/emissions_gazeuses_2012_vf-2.pdf

[3FOCUS : RENCONTRES DE L’OBSERVATOIRE SOCIO-ÉCONOMIQUE DE LA LGV SEA. https://www.lisea.fr/actualites/focus-rencontres-de-lobservatoire-socio-economique-de-la-lgv-sea/

[4La facture très salée de Tours-Bordeaux pour la SNCF. Valérie Collet. Le Figaro. 13/03/2015
http://www.lefigaro.fr/societes/2015/03/12/20005-20150312ARTFIG00062-la-facture-tres-salee-de-tours-bordeaux-pour-la-sncf.php

[5Selon le bilan LOTI 2018, les redevances d’accès à la LGV SEA, payées par SNCF Mobilités à LISEA, s’élèvent à 240 M€ en 2018.