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Risques de submersion marine en Gironde

mercredi 14 octobre 2020

Tous les projets d’urbanisation autour de l’estuaire de la Gironde et du Bassin d’Arcachon sont-ils compatibles avec les aléas croissants de submersion marine ?
Puissent les décisions des procès Xynthia, contribuer à responsabiliser tous les acteurs (y compris les élus), en matière de lutte contre les risques climatiques et notamment les risques de submersion.

La vulnérabilité de vastes régions côtières urbanisées au risque de submersion marine, a été une nouvelle fois mise en évidence par les effets de l’ouragan Sandy qui s’est abattu mardi 30 octobre 2012 sur la côte Est des Etats-Unis. [1]
Les tempêtes de 1999 (Martin) [2] , 2009 (Klaus), 2010 (Xynthia) [3] et 2011 (Joachim), ont rappelé combien le département de la Gironde avec ses 433 km de digues protégeant 2200 km2 et 120 000 habitants, était concerné par ce risque, notamment autour de l’estuaire de la Gironde et du bassin d’Arcachon.
Plus récemment, la tempête Xaver qui a sévi en mer du Nord début décembre 2013, a engendré une surcote maximum de 2,40 mètres à Dunkerque. [4]
Dans l’estuaire de la Gironde, se rajoutent aux enjeux humains (agglomération de Bordeaux, 50 communes riveraines de l’estuaire) des enjeux industriels importants tels que la centrale nucléaire de Blaye, les entrepôts pétroliers, les usines chimiques et les zones industrialo-portuaires.

Autour du bassin d’Arcachon, l’urbanisation croissante exacerbe les enjeux humains auxquels se rajoutent des enjeux économiques liés à l’activité maritime et au tourisme. Certains maires ont favorisé l’urbanisation du littoral sans véritablement se préoccuper des risques de submersion et d’inondation qu’ils ne pouvaient ignorer. [5]
A la suite des évènements catastrophiques dus à la tempête Xynthia, le préfet de la Gironde a signé en 2010 les arrêtés prescrivant la réalisation de Plans de Prévention des Risques de Submersion Marine (PPRSM) pour 10 communes du Bassin d’Arcachon. [6]
Ces plans visent à délimiter et à réglementer l’utilisation des sols en fonction du risque d’inondation par submersion marine.
Il va de soi que ces plans doivent prendre en compte des conditions majorantes de probabilité d’occurrence et de sévérité des évènements climatiques extrêmes, tels qu’observés récemment ou attendus.

Il s’agit, pour ces 10 communes :
• de délimiter les zones exposées aux risques dans lesquelles les nouvelles constructions seront réglementées voire interdites en fonction de la nature et de l’intensité du risque ;
• de délimiter les zones qui ne sont pas directement exposées aux risques mais où des constructions pourraient aggraver les risques ou en provoquer de nouveaux.
• de définir pour ces deux zones, les mesures de prévention, de protection et de sauvegarde qui devront être prises soit par les collectivités dans le cadre de leurs compétences soit par les particuliers ;
• d’introduire des dispositions en matière de réduction de la vulnérabilité aux inondations pour les constructions existantes.
En septembre 2013, le BRGM a présenté les résultats de ses travaux relatifs à la caractérisation de l’aléa submersion marine autour du Bassin d’Arcachon : les élus concernés ont aussitôt contesté la validité des résultats présentés, bloquant ainsi la procédure de mise en place des Plans de Prévention des Risques de Submersion Marine (PPRSM).
On comprend mal que le Schéma de Cohérence Territoriale (SCoT) du Bassin d’Arcachon/Val de l’Eyre (Sybarval) ait pu être approuvé en décembre 2013, sans attendre les prescriptions des PPRSM des 10 communes du Bassin d’Arcachon, c’est-à-dire sans connaître la vulnérabilité des territoires concernés face au risque de submersion marine.
Enfin, il convient de rappeler que le Bassin d’Arcachon est inclus dans la liste des territoires à risques importants d’inondation du Plan de Gestion des Risques d’Inondation (PGRI) Adour Garonne, et qu’il doit donc faire l’objet d’une stratégie locale des Gestion des Risques d’inondation (SLGRI) d’ici fin 2016.
On lira avec grand intérêt le dossier ci-joint sur l’analyse des risques de submersion marine autour du Bassin d’Arcachon, réalisé par Jean-Marie Froidefond, administrateur de la Sepanso et docteur ès sciences.

Avancement du Plan de Prévention du Risque de Submersion Marine du bassin d’Arcachon
Après une première phase portant sur les études d’aléas de submersion marine et les enjeux, la concertation autour du Plan de Prévention du Risque de Submersion Marine (PPRSM) du bassin d’Arcachon, a abordé en 2017 le projet de zonage et de règlement. Cette concertation s’est déroulée de mars 2016 à juillet 2017.
Les informations utiles concernant ce PPRSM peuvent être consultées sur le site de la préfecture de Gironde. [7]

Une enquête publique s’est déroulée du 02 mai 2018 au 04 juin 2018, afin de recueillir l’avis du public sur le projet des plans de prévention du Risque Naturel d’Inondation par Submersion Marine (PPRSM) du Bassin d’Arcachon sur le territoire des communes d’ Andernos-les-Bains, Arcachon, Arès, Audenge, Biganos, Gujan-Mestras, La Teste-de-Buch, Lanton, Lège Cap-Ferret, le Teich.

Fabienne Buccio, préfète de la Gironde a approuvé par arrêtés du 23 avril 2019, les 10 plans de prévention du risque d’inondation par submersion marine du Bassin d’Arcachon (PPRSM). Ces plans encadrent la construction et plus généralement l’urbanisation dans la zone à risque. Ils s’imposent aux documents d’urbanisme des communes et rendent obligatoire l’information des particuliers dans le cadre de l’Information Acquéreurs Locataires (IAL).
Conformément à la doctrine nationale, ils prennent en compte l’effet du réchauffement climatique sur la hausse du niveau des océans en deux temps : immédiatement avec une constructibilité intégrant les effets déjà observés auxquels une hausse de 20 cm a été appliquée et à l’échéance 2100 en intégrant des prescriptions adaptées à une hausse anticipée de 60 cm du niveau de l’océan.
 [8]

D. Delestre

A lire ou à consulter  :
1) On consultera avec intérêt la carte des zones menacées par la montée des eaux en 2050, mise en ligne par l’organisation américaine Climate Central : ici
2) Calcul des surcotes et submersions marines du Bassin d’Arcachon. BRGM. 22/04/2013
http://www.brgm.fr/content/calcul-surcotes-submersions-marines-bassin-arcachon
3) Plan de gestion des risques d’inondation du bassin Adour-Garonne- 2016-2021
http://www.midi-pyrenees.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/PGRI_2015-12-18-1.pdf
4) La prise en compte de la submersion marine par la loi littoral. Loïc Prieur et Raymond Leost. Vertigo. Avril 2016.
https://vertigo.revues.org/15823
5) La submersion marine du Bassin d’Arcachon. Les services de l’Etat en Gironde. 10/05/2016
http://www.gironde.gouv.fr/Politiques-publiques/Environnement-risques-naturels-et-technologiques/Prevention-des-risques/Concertation-en-cours-PPRSM-du-Bassin-d-Arcachon/Quel-risque-chez-moi
6) Observatoire national de la mer et du littoral
Perspectives d’évolution de la population des départements littoraux à l’horizon 2040.
https://www.onml.fr/onml_f/fiche_complete.php?id_fiche=50&auth=NOK
7) Les submersions marines dans le Bassin d’Arcachon .Représentations sociales et Gouvernances du risque. Daphné DECHE

Revue de presse  :
 Sale temps pour les maisons du people au Ferret. D. Richard. Sud Ouest. 03/06/2013.
 Bassin d’Arcachon : les cartes de submersion des dix communes sont prêtes
Bruno Béziat. Sud Ouest. 08/05/2019
 Montée des eaux dans le bassin d’Arcachon : la carte qui fait peur. David Patsouris. Sud Ouest. 14/11/2019

Mise à jour du 29/11/2020


[1Le centre de Manhattan a enregistré une montée des eaux historique à 4,2 mètres de haut, plus d’un mètre au-dessus du précédent record, atteint en 1960

[2Lors de la tempête Martin en 1999, la surcote a été de 2 mètres environ, inondant une bonne partie des marais, notamment à l’est de l’estuaire de la Gironde, à l’emplacement de la centrale nucléaire du Blayais

[3Lors de la tempête Xynthia des 27 et 28 février 2010, la submersion marine a atteint l’ensemble des zones basses du Bassin d’Arcachon. Cf rapport BRGM d’avril 2010

[4"Le passage de la tempête Xaver (5-6 décembre 2013) au nord de la mer du Nord a provoqué une surélévation importante du niveau de la mer dans plusieurs pays européens. A son passage sur la mer du Nord, la tempête Xaver a générée une onde de tempête qui s’est propagé vers le Sud et qui a provoqué une surcote importante du niveau de la mer sur le littoral français et plus particulièrement en région Nord-Pas de Calais. La surcote maximum a été mesurée à Dunkerque lors de la basse mer vers 20h40 UTC : le niveau de la mer observé était alors 2,40m au dessus du niveau prédit. La hauteur d’eau maximale a ainsi atteint 7,44 m par rapport au zéro hydrographique. A noter enfin que cet épisode a eu lieu alors que les coefficients de marée (calculés pour le port de Brest) étaient supérieurs à 100."
Incidence du passage de la tempête Xaver en mer du Nord sur le niveau de la mer dans la région Nord-Pas de Calais (5-6/12/2013). REFMAR
http://refmar.shom.fr/fr/sea_level_news_2013/2013_t4/tempete-xaver-et-incidence-sur-le-niveau-de-la-mer-a-dunkerque-calais-et-boulogne-sur-mer

[5Au risque de submersion marine, s’ajoute pour de nombreuses communes autour du Bassin d’Arcachon, le risque d’inondation par de fortes pluies comme ce fut le cas en 1995 où plusieurs quartiers du Teich et de Gujan-Mestras furent inondés (nappe sub-affleurante).

[6Il s’agit des communes de la Teste, Arcachon, Gujan-Mestras, le Teich, Biganos, Audenge, Lanton, Andernos, Arès et Lège/Cap-Ferret

[7Ce site de la préfecture de Gironde donne pour chaque commune concernée :
 la carte des aléas avec extension au changement climatique
 la carte des cotes_seuils
 la carte des zonages
Pour connaître l’altitude IGN de n’importe quel point de La Teste de Buch par exemple , il suffit d’aller sur le site suivant :
https://www.geoportail.gouv.fr/
Puis vous choisissez votre commune et ensuite dans "outils principaux", vous choisissez : "Affichez les coordonnées". Avec le pointeur, vous allez par exemple sur le square de la Gare de La Teste de Buch, l’altitude varie de 3,6 m à 4 m NGF.
Le niveau maximum de submersion marine actuel (c’est théorique évidemment) est arbitrairement fixé à 4 m par rapport au zéro NGF.

[8Cf communiqué du 25/04/2019