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Catastrophe Deepwater : ingrédients d’un désastre

vendredi 4 juin 2010

En avril 2010, la catastrophe pétrolière Deepwater provoquait une marée noire historique dans le Golfe du Mexique
Comment un accident pétrolier, a-t-il pu se transformer en désastre, aux incalculables conséquences humaines, écologiques, financières et industrielles ?
Sans attendre que les responsabilités soient établies un jour, certains des ingrédients qui ont contribué à ce désastre, apparaissent déjà.

1°) Surdépendance des Etats-Unis au pétrole
La cause première de cette catastrophe découle de « l’insatiable appétit des américains pour le pétrole  », dont ils consomment près de 900 millions de tonnes chaque année, importés à près de 65%.
«  L’administration américaine considère que la production pétrolière du golfe du Mexique, qui assure le 1/3 de la production nationale et 10% de la consommation nationale, est vitale à la sécurité économique et énergétique du pays.  » .

2°) Sous-estimation des risques
Alors que l’exploitation du pétrole en eau profonde (Deepwater) présente des difficultés inouïes, les analyses réalisées, tant par les industriels que par l’administration américaine , ont conclu étonnamment à la maîtrise des risques et à la très faible probabilité d’occurrence d’un accident industriel majeur, susceptible d’entraîner une grave marée noire dans le golfe du Mexique.
Le PDG de BP déplore aujourd’hui : "L’industrie et le gouvernement n’ont pas anticipé ce type d’accident, dans lequel tous les mécanismes de sécurité ont échoué ».

3°) Communication lénifiante des entreprises pétrolières
Le discours toujours plus « vert » des entreprises pétrolières, contribue à anesthésier l’esprit critique de l’opinion publique et des médias :
« Des opérations sûres et fiables sont le secret du succès de BP, et nous nous efforçons d’améliorer en permanence notre sécurité. »
« Nous nous imposons de protéger, partout où nous opérons, les écosystèmes et les espèces qui y vivent.  »

4°) Pression des actionnaires
« L’entreprise est aussi sous pression des actionnaires. Il faut du rendement, de la productivité, une rentabilité du capital investi suffisante », exigences souvent incompatibles avec la sécurité.

5°) Limites de compétence du Politique
Le Politique est amené à prendre des décisions, dans des domaines de plus en plus complexes, et souvent hors de ses compétences.
18 jours avant la catastrophe, le président Obama affirmait, pour justifier sa décision d’élargir les zones de forage en mer « Les plateformes, aujourd’hui, ne causent généralement plus de marée noire. La technologie est très assurée. ».
38 jours après la catastrophe, Obama déplorait :
« Là où j’ai eu tort, cela a été de croire que les compagnies pétrolières savaient ce qu’elles faisaient en matière de scénario du pire ».

Toutes les leçons du désastre seront-elles tirées ?

4 juin 2010