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Evaluation des impacts du changement climatique sur l’estuaire de la Gironde

mercredi 10 octobre 2012

Les impacts potentiels des changements climatiques sur l’estuaire de la Gironde se précisent

Le SMIDDEST [1] et le SAGE estuaire ont fait réaliser, par le bureau d’étude EAUCEA, une évaluation des impacts du changement climatique sur l’estuaire de la Gironde [2]. Les résultats de cette étude réalisée en 2008, semblent plus que jamais d’actualité, non seulement pour l’estuaire mais aussi pour une grande partie du département de la Gironde.
On trouvera ci-après, un extrait des conclusions des travaux.

Les premières conséquences de l’évolution climatique seront :

  • Un risque de déséquilibre du bilan hydrique des forêts mais aussi des cultures qui pourrait, sur des sols à faible réserve utile, nécessiter un recours accru à l’irrigation y compris pour la vigne ! Quoiqu’il en soit, dans les zones de sable les stratégies ancestrales de maîtrise de la nappe phréatique à des niveaux bas devraient être réexaminées avec l’ensemble des spéculations agro-forestières : culture, forêt, vigne.
  • Une plus grande précocité du calendrier de gestion des vignobles. Au-delà des enjeux liés à la typicité des vins, deux conséquences potentielles concernent la gestion de l’eau : les rejets polluant en phase de vendange/vinification recouperont le coeur de l’étiage des cours d’eau ; ils seront de moins en moins admissibles dans des cours d’eau par ailleurs moins abondants et plus chauds. Les stratégies de dépollution largement engagées sur le territoire sont à conforter.
  • Un risque forestier accru sur le plan de la productivité (déficit hydrique contrebalancé par l’augmentation du CO2 atmosphérique) mais aussi sur le plan sanitaire et des incendies. La gestion de l’espace forestier et l’imbrication avec des parcelles cultivées (pare feu) et la maîtrise d’un urbanisme diffus sont les grands enjeux de demain. La diversification des essences forestières semble le meilleur rempart contre une évolution des risques difficiles à préciser a l‘horizon 2060 ou plus.
  • Un risque sanitaire lié aux canicules pour les populations, avec des conséquences non évaluées sur le plan des usages lies à l’eau (fréquentation touristique sur le littoral, attractivité des milieux lacustre et des rivières, consommation d’eau domestique)...

En deuxième niveau, les conséquences les plus lourdes vont se traduire sur le régime hydrologique des fleuves et rivière et sur le bilan des nappes. La part ruisselée ou drainée vers les nappes va se réduire. Les conséquences sur la ressource en eau douce sont alors préoccupante à plusieurs niveaux d‘analyse :

  • Pour l’eau potable, le territoire est surtout appuyé sur des ressources souterraines dont l’inertie est importante. Cependant, cette ressource est déjà considérée en beaucoup d’endroits comme sur-sollicitée et le risque d’intrusion saline a motivé un lourd programme de rééquilibrage des prélèvements (SAGE Nappes Profondes en Gironde). Les menaces d’une rupture à moyen terme de cet équilibre sont multiples : nouvel équilibre phréatique et biseau salé en lien avec l’augmentation du niveau de base d’une part mais aussi avec la tendance à l’augmentation de la salinité de l’estuaire ; transfert d’usage des eaux superficielles vers les eaux souterraines en contradiction totale avec toutes les orientations du SAGE. Elles apparaissent cependant encore maîtrisables à moyen terme.
  • Pour l’agriculture, les cultures irriguées verront leur demande unitaire augmenter tout comme les cultures pluviales ou la forêt. Le risque viendra plutôt d’une fragilisation de certaines ressources en eau en raison du déficit de ruissellement ou d’une vidange plus précoce des nappes. L’enjeu est d’anticiper les stratégies de gestion de ces ressources et du développement de stockage. Ce qui est vrai à l’échelle du territoire estuarien l’est aussi à l’échelle du grand bassin. Le risque touche les grands apports d’eau douce à l’estuaire que sont la Dordogne et surtout la Garonne. En addition du déficit naturel auquel on doit s’attendre (environ -25%), l’augmentation des prélèvements même à surface constante rendra beaucoup plus fréquent le risque de défaillance. Les stratégies d’accompagnement sont soit une réduction des usages soit un développement des opérations de soutien d‘étiage, soit une réduction des débits objectifs. La définition de volume et débit prélevable, de débit et piézométrie d’objectif, de gestion des restrictions temporaires sont les grands chantiers de la gestion largement engagée et structure par le réseau des SAGE et des PGE qui maillent aujourd’hui tout le bassin.
  • Sur le plan de l’environnement cette baisse des débits aura elle-même des conséquences lourdes, avec pour tous les cours d’eau une exigence encore plus grande pour palier à la baisse des taux de dilution des rejets polluants (agglomération, chais viticoles). Pour l’estuaire, c’est surtout la carte de la salinité qui évoluera ainsi que le phénomène du bouchon vaseux. Pour ces deux raisons les usages qui s’appuient sur les eaux estuariennes comme ressource en eau (certains marais et palus, industrie du bec d’Ambes, projet d’alimentation en eau douce pour la CUB) verront les fenêtres de tir favorables à ces prélèvements se réduire.
  • Toujours en raison de cette modification hydrologique, divers mécanismes de sédimentation pourraient évoluer avec comme conséquence la nécessité d’adapter la fréquence et la position des opérations d’entretien du chenal de navigation. Ce paramètre est d’ailleurs plus préoccupant pour la navigation que celui de l’évolution du niveau moyen océanique.
  • L’estuaire plus salé sera aussi plus chaud et c’est sans doute le paramètre qui aura le plus de répercussion sur l‘écosystème. Mais ce réchauffement aura aussi des répercussions sensibles sur la production nucléaire. Les contraintes imposées aux rejets thermiques se traduiront par des obligations de réduction de la puissance produite de plus en plus souvent. Compte tenu du poids considérable du CNPE du Blayais dans la production régionale et nationale, il est fort probable que des dérogations seront sollicitées. Une rétroaction avec la production hydroélectrique est aussi envisageable avec des conséquences potentiellement sensibles sur le régime estival de la Dordogne et de la Garonne.

Portfolio


[1Né en Juillet 2001, le SMIDDEST (Syndicat Mixte pour le Développement Durable de l’Estuaire de la Gironde) réunit les Conseils généraux de la Gironde et de la Charente-Maritime, rejoints en 2004 par les Conseils régionaux d’Aquitaine et du Poitou-Charentes et en 2010 par la Communauté Urbaine de Bordeaux.

[2Evaluation des impacts du changement climatique sur l’estuaire de la Gironde et prospective à moyen terme. Phase 1 : analyse des enjeux liés à l’eau. Décembre 2008. http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/Etude_impacts_climatique_phase1.pdf