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Erosion du littoral girondin

mardi 8 décembre 2020

L’érosion du littoral girondin semble s’accélérer sous l’effet de nombreux facteurs : variation du régime des vagues, des pluies et des vents, hausse du niveau des mers...
Ce phénomène s’inscrit-il dans le cadre de la variabilité naturelle du trait de côte ou bien constitue-t-il une conséquence locale et facilement observable du changement climatique global ?
Notre littoral longiligne et sableux s’avérerait-il plus sensible que prévu, à l’évolution climatique en cours ?
Autant de questions dont les réponses vont déterminer le choix des mesures de protection et/ou de relocalisation des activités et des logements, les plus adaptées.

Le littoral girondin, caractérisé par une côte longiligne et sableuse, est sujet à une érosion chronique, du fait des houles océaniques, des vents dominants d’Ouest et d’un déficit d’apports de sédiments.
Ce littoral connaît une augmentation du recul du trait de côte depuis les trente dernières années, recul compris aujourd’hui entre 1 mètre et 10 mètres par an, menaçant tout particulièrement le Nord Médoc, où l’immeuble de 4 étages « le Signal », construit sur le front de mer dans les années 70, est en sursis. [1]
La protection de la plage centrale de Lacanau exige chaque année de lourds travaux. [2] [3].
L’enrochement de la côte, outre ses impacts négatifs sur les paysages et les activités balnéaires, paraît une solution peu efficace à long terme.
Il est fort probable que le réchauffement climatique actuellement observé puisse avoir des impacts sur le littoral girondin. Il pourrait accélérer un recul de la côte engendré par l’érosion, inexorable et réellement préoccupant dans certaines zones.
Cependant, le littoral girondin reste, pour une large part, assez faiblement urbanisé. La préservation de vastes espaces naturels permet de maintenir, pour les côtes sableuses, les mécanismes naturels d’érosion et de dépôts des sables constituant une barrière naturelle amovible de protection

Effets des tempêtes de l’hiver 2013-2014 sur les côtes girondines.
Les côtes d’Aquitaine et tout particulièrement celles de Gironde, ont été durement touchées par les tempêtes de l’hiver 2013-2014.
Le BRGM, dans un rapport très détaillé de novembre 2014 [4], fournit des données chiffrées sur l’impact de ces tempêtes sur l’érosion du littoral aquitain :
"C’est en Gironde où l’érosion marine a été la plus forte. On note un recul du trait de côte dépassant souvent 20 m et atteignant par endroits 30 à 40 m. Au droit des profils, le contact plage/dune et la plage ont également vu leur altitude baisser. Une généralisation de falaises vives de grande hauteur et de très forte pente a été constatée. La tendance avant l’hiver 2013-2014 était déjà à l’érosion dans le Nord, entre Le Verdon-sur-Mer et Hourtin, tandis qu’on pouvait constater une relative stabilité, voire une tendance à l’accrétion, au Sud. Sur l’ensemble des profils suivis, seuls les secteurs G18 (Cap Ferret) et G20 (Wharf de la Salie) ne présentent pas de signe d’érosion particulière au moment des levés en avril 2014. Le secteur des Passes a cependant été fortement impacté avec des déstabilisations de l’enrochement de la Pointe du Cap Ferret et des brèches de la flèche sableuse du Mimbeau [5] qui ont fait l’objet de confortement et de restauration d’urgence. De même, le nord de la Dune du Pilat à proximité du musoir de la Corniche a subi un recul du trait de côte atteignant 8 m mais en partie compensé à l’issu de l’hiver par des apports naturels de sable depuis le haut de la Dune."

Effets des tempêtes de l’hiver 2019-2020 sur le littoral aquitain.
Selon l’Observatoire de la côte Aquitaine [6] , l’hiver 2019-2020 compte parmi les plus énergétiques (par rapport aux 10 dernières années) et celui dont le caractère érosif est le plus important après l’hiver 2013-2014. Le début de la saison 2019-2020 a démarré très fort avec la succession de quatre tempêtes de novembre à décembre (Amélie, Sébastien, Atiyah et Fabien). Puis, les conditions ont été globalement plus clémentes début 2020 jusqu’à la tempête Ciara début février, suivie de conditions de houle énergétiques (Hs > 3 m) de manière quasi continue jusqu’à début mars.
L’impact cumulé de ces événements observés sur le terrain est hétérogène sur le littoral aquitain, les secteurs les plus touchés étant le nord Médoc, l’embouchure du Bassin d’Arcachon et le nord des Landes. Plus précisément, on relève les impacts suivants :
 des reculs généralisés ou des entailles dunaires de l’ordre de 1 à 5 m sur les communes de Lège-Cap-Ferret, Mimizan et Moliets-et-Maâ,
 des reculs généralisés ou des entailles dunaires de l’ordre de 5 à 10 m sur les communes de Vendays-Montalivet (front de mer), Biscarrosse (plage centrale) et Capbreton (plage du Santocha) et de plus de 10 m sur les communes de Soulac-sur-Mer (plage sud) et de La Teste-de-Buch (plages de la Lagune et de la Salie).
 L’impact érosif de ces évènements a été maximal sur la plage de la Lagune à La Teste-de-Buch avec un recul cumulé de l’ordre de 20 m.

Dune du Pilat
La Dune du Pilat, plus haute dune d’Europe, fait l’objet d’une attention particulière.
L’Observatoire de la Côte Aquitaine a mis en œuvre en 2009, un suivi topographique et annuel de quatre profils régulièrement espacés du nord au sud ainsi que de la crête de dune. [7]
Quatre profils réalisés entre 2009 et 2010 ont d’ores et déjà permis de confirmer la tendance au déplacement vers l’est de la partie centrale de la dune avec une stabilité relative à ses extrémités. Le déplacement global vers l’est de la crête de dune est plus important au sud (où il atteint localement 70 m) qu’au nord. Un déplacement vers l’ouest est par endroit observable. Enfin, la dune se déplace vers l’Est à une vitesse de 1 à 6m/an en ensevelissant la forêt de pins maritimes sous le sable.
Suite à la nouvelle campagne 2011 qui vient de s’achever, les résultats montrent que le point culminant de la dune est passé de 107,9 m en 2009 à 108,2 m en 2010, atteignant 108,9 m en 2011.

Sous les coups de butoir de très fortes vagues associées à de gros coefficients de marée, le banc de sable du Mimbeau protégeant le secteur sud du Cap-Ferret (secteur des 44 hectares), s’est retrouvé le 05/01/2014 quasiment sous les eaux et a été sérieusement endommagé. [8]

Selon les dernières études (décembre 2016) du BRGM et de l’Observatoire de la Côte Aquitaine , l’érosion chronique de la côte sableuse (de la Pointe du Médoc à l’embouchure de l’Adour) est estimée en moyenne à 20 et 50 mètres respectivement pour les horizons 2025 et 2050, à laquelle s’ajoute un recul lié à un événement majeur en général de l’ordre de 20 mètres.

Sources et sites à consulter
 Caractérisation de l’aléa recul du trait de côte sur le littoral de la côte aquitaine aux horizons 2025 et 2050 - BRGM et Observatoire de la Côte Aquitaine . Décembre 2016 http://infoterre.brgm.fr/rapports/RP-66277-FR.pdf
 Groupement d’Intérêt Public (GIP) Littoral Aquitain
http://www.littoral-aquitain.fr/spip.php?page=accueil
 Indicateur national de l’érosion côtière
http://www.geolittoral.developpement-durable.gouv.fr/indicateur-national-de-l-erosion-cotiere-r473.html
 Développer la connaissance et l’observation du trait de côte. Ministère de l’environnement. 2016
 Impact des activités humaines sur l’érosion littorale. Thibault Lorin et Ayman El-Shafey. ENS Lyon. 07/02/2018
https://planet-terre.ens-lyon.fr/article/erosion-littorale.xml
 L’hiver 2020-2021 sur le littoral aquitain. Observatoire de la Côte Aquitaine
http://www.observatoire-cote-aquitaine.fr/L-hiver-2020-2021-sur-le-littoral-aquitain-156
 Littoral aquitain : retour sur les événements tempétueux de décembre 2020. OCA. 04/02/2021
http://www.observatoire-cote-aquitaine.fr/Littoral-aquitain-retour-sur-les-evenements-tempetueux-de-decembre-2020

Echos médiatiques  :
 En une nuit, la plage sud de Soulac (33) a reculé de cinq mètres. Maguy Caporal. Sud Ouest. 03/01/2013
 Le littoral dans la mâchoire de la marée. Jean-Denis Renard. Sud Ouest. 06/01/2014
 Le Signal : 50 ans d’erreurs. Jean-Denis Renard. Sud Ouest. 15/01/2014
 Un phénomène de submersion particulièrement cruel pour le littoral Pylatais. ADPPM. 12/01/2014.
 Compte-rendu des observations post-tempêtes sur le littoral aquitain (décembre 2013 – janvier 2014) BRGM/RP- 63182-FR Janvier 2014
 Intempéries dans le Médoc : les stigmates d’un hiver brutal Julien Lestage et Thibaut Seurin. Sud Ouest. 22/02/2014
 Tempêtes : plus de 200 millions de dégâts. Angélique Négroni. Le Figaro. 17/05/2014
 A Lacanau, on recrée la plage disparue.
 Bras de fer financier autour du « Signal »
 La Teste-de-Buch (33) : ce qui provoque l’érosion de la plage de la Lagune . David Patsouris. Sud Ouest. 13/01/2016.
 Erosion au Cap-Ferret : le préfet demande des mesures d’urgence. Sud Ouest. 07/02/2019
 A mi- saison hivernale et avant les grandes marées de mars, quel état pour les plages en Aquitaine ? BRGM. 13 mars 2019
 Climat : la moitié des plages du monde pourraient disparaître d’ici à la fin du siècle
Audrey Garric. Le Monde. 02/03/2020
 Bassin d’Arcachon : les tempêtes de décembre ont encore fait reculer le trait de côte. David Patsouris. Sud Ouest. 08/02/2021

Mise à jour du 09/02/2021

D. Delestre

Portfolio


[1Érosion de la côte : le Signal d’alerte à Soulac. Stéphane Moréale. Charente Libre. 27/04/2012
http://www.charentelibre.fr/2012/04/27/erosion-de-la-cote-le-signal-d-alerte-a-soulac,1092367.php

[2Caractérisation de l’aléa érosion dans le cadre de l’étude stratégique de gestion de la bande côtière en Aquitaine
2ème forum de l’érosion côtière Lacanau 1er décembre 2012
http://www.littoral-aquitain.fr/spip.php?rubrique20

[3Lacanau envisage de "déconstruire" un quartier. Angélique Négroni. Le Figaro. 21/11/2014.
http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2014/11/20/01016-20141120ARTFIG00414-erosion-du-littoral-lacanau-envisage-de-deconstruire-un-quartier.php

[4Évaluation de l’impact des tempêtes de l’hiver 2013-2014 sur la morphologie de la Côte Aquitaine. Rapport final. T. Bulteau et al. Novembre 2014. BRGM/RP-63797-FR .
http://www.brgm.fr/actualites/littoral-aquitain-bilan-tempetes-hiver-2013-2014
http://www.brgm.fr/sites/default/brgm/projets/oca/RP-63797-FR.pdf

[5Sous les coups de butoir de très fortes vagues associées à de gros coefficients de marée, le banc de sable du Mimbeau protégeant le secteur sud du Cap-Ferret (secteur des 44 hectares), s’est retrouvé le 05/01/2014 quasiment sous les eaux et a été sérieusement endommagé.
Le banc de sable du Mimbeau en réparation. Annie Peyras. Sud Ouest. 09/01/2014.
http://www.sudouest.fr/2014/01/09/le-banc-de-sable-du-mimbeau-en-reparation-1423502-4585.php

[6Bilan de l’hiver 2019-2020 sur le littoral aquitain. Observatoire de la côte Aquitaine. 19/05/2020
19 mai 2020

[8Le banc de sable du Mimbeau en réparation. Annie Peyras. Sud Ouest. 09/01/2014.
http://www.sudouest.fr/2014/01/09/le-banc-de-sable-du-mimbeau-en-reparation-1423502-4585.php