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Analyse multirisque de la centrale nucléaire du Blayais

mercredi 8 mai 2019

La centrale nucléaire vieillissante du Blayais fait partie de la liste noire établie par Greenpeace, des cinq centrales françaises les plus menaçantes et dont il faut préparer, non pas une prolongation de la durée de vie, mais la fermeture définitive.

L’association Greenpeace vient de contribuer avec éclat, au débat national sur la transition énergétique, en publiant une intéressante analyse multirisque du parc nucléaire français, permettant le classement de ce parc.
Selon cette étude, cinq sites doivent être fermés en priorité : il s’agit de Fessenheim, Gravelines, Bugey, Blayais et Tricastin.
Au coeur de l’analyse de Greenpeace figurent le risque d’un accident nucléaire majeur du type Fukushima et Tchernobyl et ses conséquences.

Concernant plus particulièrement la centrale du Blayais, Greenpeace relève les spécificités suivantes, qui justifient de l’inclure dans la liste noire des centrales française les plus préoccupantes :

1) Utilisation de combustible MOX enrichi au Plutonium
Alors que les 4 réacteurs du Blayais auront atteint 30 années de fonctionnement en 2013, EDF envisage de prolonger leur durée de vie au-delà de 60 ans. Les réacteurs 1 et 2 utilisent du combustible MOX, constitué d’oxyde de plutonium et d’uranium appauvri, qui renforce la réactivité et la puissance thermique résiduelle des réacteurs ou des piscines, et aggrave les conséquences potentielles d’un accident majeur. EDF persiste à vouloir introduire du MOX dans les réacteurs 3 et 4. Les piscines de déchargement et de désactivation du combustible ne présentent pas de garanties suffisantes contre le risque d’un accident grave consécutif à une vidange de la piscine et à l’échauffement du combustible.

2) Sensibilité au risque d’inondation
On sait depuis la tempête de 1999, que cette centrale, située au bord de l’estuaire de la Gironde, est particulièrement sensible au risque d’inondation. Les digues protégeant la centrale ont certes été rehaussées après cette tempête, mais différentes situations potentielles restent préoccupantes, telles que l’isolement de la centrale par encerclement de l’eau, la rupture d’une digue, le sous-dimensionnement des digues, ou l’inondation de la centrale via le canal de rejets des eaux de refroidissement.

3) Conséquences socio-économiques d’un accident majeur
Un accident majeur aurait de très lourds impacts socio-économiques pour la Gironde et l’Aquitaine, notamment en raison de ses conséquences sur les activités non-transférables comme la viticulture ou le tourisme. La centrale du Blayais se trouve en plein milieu des grands domaines viticoles du bordelais, dont le poids économique est considérable. [1]

4) Sensibilité au risque sismique
Il convient de rajouter à l’analyse de Greenpeace, la sensibilité au risque sismique.
En effet, un séisme rare et de magnitude 4,9 , s’est produit le 20 mars 2019, non loin de la centrale du Blayais (située à 27 km de l’épicentre) à une profondeur estimée entre 2 et 10 km à 11 km au nord-est de Montendre (Charente-Maritime).
Selon l’IRSN, les sismomètres installés dans la centrale ont enregistré une accélération du sol de 0,001 g très inférieure au seuil de 0,01 g qui implique la mise en œuvre par le personnel de la centrale d’actions particulières lors d’un séisme.
Ce séisme du 20/05/2019 fait suite à un séisme de magnitude 5,2, survenu le 28 avril 2016 près de La Rochelle (située à environ 120 km de la centrale du Blayais).
Décidément, la centrale du Blayais n’est pas à l’abri du risque sismique.

Est-il vraiment sage, sachant tout cela, de persister à vouloir prolonger à tout prix, la durée de vie de la centrale du Blayais ?

A lire :
 Blayais : après le tempête une meilleure protection. Repères. IRSN. Octobre 2015
http://www.nxtbook.fr/newpress/specifique/IRSN/Reperes-1510_26/index.php?startid=6#/6

Echos médiatiques
 Un séisme incongru, de magnitude 5 selon le CEA, frappe à la porte de la centrale. JM Matagne. 21/03/2019
https://blogs.mediapart.fr/jean-marie-matagne/blog/210319/un-seisme-incongru-de-/magnitude-5-selon-le-cea-frappe-la-porte-de-la-centrale

Mise à jour du 16/06/2019/


[1Les vins de Bordeaux représentent un chiffre d’affaire annuel de 3,9 milliards d’euros (dont 40 % à l’export) équivalent à celui de toute l’aéronautique d’Aquitaine, ou à la moitié de celui de la firme nucléaire AREVA