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Bassin d’Arcachon : un paradis menacé par un excès de bateaux de plaisance à moteur et par... les hélicoptères

jeudi 23 juillet 2020

La qualité de vie et l’environnement du Bassin d’Arcachon sont-ils menacés par trop d’embarcations de plaisance à moteur ?
La réponse est clairement oui en période estivale.
Les nuisances des bruyants véhicules nautiques à moteur (jet-skis, scooters des mers...) sont de plus en plus mal supportées par une majorité d’usagers.
Trop de bateaux à moteurs au corps mort (qui circulent peu mais qui n’en polluent pas moins) , constituent aussi une gêne importante pour de nombreux utilisateurs du Bassin, tant professionnels qu’amateurs.
La nouvelle mode des survols touristiques du Bassin par hélicoptère écornera encore un peu plus l’image idyllique du lieu.

La navigation de plaisance constitue avec le golf, un outil marketing d’appui à la commercialisation des nombreux projets immobiliers prévus autour du Bassin d’Arcachon.
Corollaire de l’attractivité touristique et urbanistique de cette lagune aux dimensions limitées, la croissance du nombre et de la puissance des embarcations de plaisance à moteur, constitue un enjeu environnemental majeur.
Les nuisances de ces embarcations semblent de moins en moins bien tolérées par nombre d’usagers professionnels ou amateurs du Bassin d’Arcachon [1].
Pour l’ostréiculture, véritable sentinelle de la qualité des eaux du bassin, le développement de la plaisance « surmotorisée » et ses inévitables émanations d’hydrocarbures constitue une menace réelle.
Baigneurs et autres usagers des plages, dénoncent le bruit des flux nautiques très importants à certaines heures de la journée en été, qui peuvent s’apparenter à des flux de véhicules terrestres [2]
Au plus fort de la saison, ces usagers des plages les plus exposées au bruit de la plaisance à moteur, comme celle du Moulleau, éprouvent la même impression que ceux qui pique-niquent au bord d’une autoroute. Pire, le bruit de certains scooters des mers , en nombre sans cesse croissant, s’apparente à celui d’une tronçonneuse thermique : c’est dire l’insupportable nuisance sonore qu’ils provoquent.
Les touristes déplorent aussi qu’un trop grand nombre de corps morts, rendent parfois difficile la vue sur la mer, et dégradent les paysages.
Le rapport Géomer relève la création de points de congestion comme le Banc d’Arguin et les Cabanes Tchanquées, sur lesquels ont pu être constatés des fréquentations quotidiennes fortes : au maximum, 794 embarcations au mouillage dans le périmètre de réserve du Banc d’Arguin, soit 3168 débarquements de plaisanciers ; 689 arrivées d’embarcations aux Cabanes, soit 2894 plaisanciers.
L’importance de la fréquentation du Bassin peut se résumer à quelques chiffres clefs : 12000 embarcations à flot, 75,6% d’embarcations de plaisance motorisées, puissance moyenne des moteurs : 130 CV [3], 38 sorties en moyenne. 235716 plaisanciers qui fréquentent les eaux de la Réserve naturelle du Banc d’Arguin en juillet et août, c’est plus que la fréquentation annuelle de l’île de Port-Cros par les passagers des navettes de transport maritime. 66476 plaisanciers débarqués sur les bancs de sable de la Réserve du banc d’Arguin en juillet et août, c’est à 10% près, l’équivalent du nombre de débarquements annuels de passagers par les navettes de liaison maritime sur la Grande-Île de Chausey.
Un maximum de 3168 débarquements quotidiens sur les bancs de sable de la Réserve du banc d’Arguin, c’est plus que les maxima estivaux de l’île d’Arz, Bréhat, Port-Cros, de Grande-Île de Chausey, de Saint-Nicolas des Glénan (passagers des navettes et plaisanciers inclus).
Pour beaucoup, trop d’embarcations de plaisance à moteur en circulation ou au corps mort, nuisent non seulement à l’ostréiculture et la pêche mais aussi à la qualité de vie et à l’environnement du Bassin d’Arcachon : prenons garde que cet excès ne tue "la poule aux oeufs d’or" !
A signaler les efforts de l’administration, pour tenter de limiter le nombre des corps morts au Cap Ferret.
A noter aussi l’action décisive de l’association Le Bétey Plage Boisée à Sauvegarder contre le projet d’extension du port de plaisance du Bétey à Andernos, contrepartie maritime de ses projets terrestres.
Les importants projets d’urbanisation [4] du Bassin d’Arcachon entraîneront, à n’en pas douter, une augmentation des conflits d’usage de ce magnifique plan d’eau.
Enfin, dernier argument, il paraîtrait inconcevable que la plaisance à moteur, activité secondaire par essence, ne soit pas concernée au premier chef par la division par 4 de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050, comme la France s’y est engagée.
Il est permis d’espérer que le Parc Naturel Marin du Bassin d’Arcachon créé le 5 juin 2014, contribue à réguler la prolifération et les impacts environnementaux des bateaux de plaisance à moteur et tout particulièrement des bruyants scooters des mers et autres jet-skis.
Dernière nouveauté pour attirer le touriste en mal de sensation, le survol en hélicoptère du Bassin d’Arcachon, dont les impacts (sonores...) contribuent aussi à dégrader la qualité de vie de ce petit paradis et à déranger la faune avicole, notamment autour de la réserve du Banc d’Arguin.

Source :
Etude de la fréquentation nautique du Bassin d’Arcachon
Direction régionale des affaires maritimes, Aquitaine – service départemental Arcachon
Géomer, UMR 6554 LETG – Université de Bretagne Occidentale
Rapport final, novembre 2010
http://www.gironde.gouv.fr/content/download/14234/71719/file/rapport_geomer_2010.pdf

A lire  :
Impact potentiel des activités nautiques sur la qualité des eaux du Bassin d’Arcachon
IFREMER et Université Bordeaux 1. Janvier 2008.
Rapport présenté à la demande du Groupe de Travail « Plaisance et Environnement » mis en place par Mr le Sous-Préfet d’Arcachon dans le cadre du suivi du SMVM du Bassin d’Arcachon.
http://storellialex.free.fr/adppm/IMG/pdf/div_impact_potentiel_activites_nautiques.pdf

Echos médiatiques
 Bassin d’Arcachon : la brigade nautique fait face à "une explosion des infractions et des accidents" Sylvain Cottin. Sud Ouest. 23/07/2020
 Halte à la pollution : une pétition mobilise contre les scooters des mers sur le Bassin d’Arcachon. Nathalie Pinard de Puyjoulon. FRance 3 Régions. 04/06/2020
https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/gironde/halte-pollution-petition-mobilise-contre-scooters-mers-bassin-arcachon-1837354.html
 La Sepanso réservée sur le port à sec. Chantal Roman. Sud Ouest. 10/04/2012
http://www.sudouest.fr/2012/04/10/la-sepanso-reservee-sur-le-port-a-sec-683769-706.php

Mise à jour du 14/09/2020

Portfolio


[1Le Bassin d’Arcachon constitue une baie semi-fermée dont la superficie varie entre 180 km² (18 232 ha) à marée haute et environ 50 km² (4 900 ha) à marée basse. Pendant les mois d’été, à marée basse et compte tenu de la surface totale occupée par les milliers de corps morts, l’étendue d’eau disponible par bateau pour ses évolutions, se réduit jusqu’à moins d’un hectare. Quand la croissance rime avec absurdité !

[2On observe en moyenne 2 000 passages d’embarcations par jour dans le chenal de Piquey et la rade d’Eyrac en août – soit 200 par heure – vitesse moyenne : 12,5 noeuds, 13,7 noeuds pour les unités motorisées, 21,8 noeuds pour les Véhicules Nautiques à Moteur (jet-skis, scooters des mers...) générant selon la SNSM de plus en plus d’accidents de même nature qu’avec des automobiles.

[3La puissance installée sur les quelques 9000 embarcations de plaisance motorisées du Bassin d’Arcachon est voisine de 900 MW : elle est équivalente à la puissance d’un des réacteurs de la centrale nucléaire du Blayais ou à celle d’une ferme photovoltaïque de 9000 hectares. Est-ce bien raisonnable ?

[4Le projet de SCOT du Bassin d’Arcachon prévoit la construction de près de 26 000 logements supplémentaires d’ici 2030 cf : http://www.sybarval.fr/, ce qui générera une croissance de la demande de navigation de plaisance à moteur et à saturer encore un peu plus le bassin