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SCoT de l’aire métropolitaine bordelaise et risques d’inondation

dimanche 10 janvier 2021

Les projets de développement de l’aire métropolitaine bordelaise (SCoT) visent une croissance très ambitieuse de la population.
Loin de favoriser la résilience des territoires concernés, ces projets urbanistiques accentueront l’étalement urbain, la pression sur les ressources naturelles et la biodiversité, ainsi que l’exposition aux risques d’inondation.

L’enquête publique sur le projet de Schéma de Cohérence Territoriale (SCoT) de l’aire métropolitaine bordelaise s’est déroulée du 5 novembre au 4 décembre 2013.
L’ensemble du dossier soumis à enquête publique est consultable en ligne.

Les services de l’Etat ont exprimé de nombreuses réserves sur le projet présenté, notamment :
Des perspectives de croissance de population irréalistes
Le SCoT envisage une population de 1,2 millions d’habitants sur son périmètre en 2030, soit une augmentation de plus de 300 000 habitants en moins de 20 ans. Cet objectif dépasse les projections construites jusqu’à ce jour à partir des différents scénarii de population fournis aussi bien par l’Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques (INSEE) que par l’Institut d’études démographiques de l’Université de Bordeaux IV
Pas de lutte véritable contre l’étalement urbain
La consommation d’espace prévue par le SCoT est largement supérieure à la consommation observée sur la période antérieure alors que le SCoT affiche un objectif de réduction de 40% de la consommation d’espaces naturels.
Le SCOT ne fixe pas de véritables objectifs quantitatifs et qualitatifs de lutte contre l’étalement urbain et de gestion économe de l’espace qui puissent être suivis dans le temps, et ne justifie pas suffisamment les objectifs retenus au regard du diagnostic passé.

Incompatibilité du SCoTavec les ressources naturelles disponibles
Les ressources indispensables au développement envisagé ne sont pas toutes disponibles. Ainsi la ressource en eau potable actuelle est insuffisante pour ce faire et la mise en oeuvre de ressources de substitution aux actuelles capacités ne pourra être effective qu’à partir de 2017. Les ressources locales en granulats se raréfient et ne sont pas actuellement assurées à hauteur des projets de territoires
Insuffisante protection des territoires forestiers
Autant le projet de Scot détaille la protection des espaces viticoles et agricoles, autant le massif forestier n’est pas abordé à la hauteur des enjeux économiques et environnementaux
Une biodiversité toujours plus menacée
Malgré les propos apaisants, la biodiversité n’est pas épargnée par le projet de SCoT.
Les réservoirs de biodiversité à l’échelle du Scot ne sont pas clairement identifiés.
Il est difficile d’apprécier si les corridors esquissés ont une réelle fonctionnalité écologique et si la trame verte et bleue du Scot contribue effectivement « à l’état de conservation favorable des habitats naturels et des espèces et au bon état écologique des masses d’eau. »
On note aussi une contradiction potentielle entre l’ambition de préserver les couloirs de biodiversité et le projet de Scot

Risques d’inondation
 Avis de l’Autorité Environnementale (AE)
Le risque inondation comporte plusieurs dimensions au sein du périmètre du SCoT : celles qui sont liées au phénomène fluvio-maritime, au régime fluvial de la Garonne, au débordement des cours d’eau secondaires, au ruissellement des eaux pluviales, aux remontées des nappes phréatiques.
L’AE relève que les inondations fluviales de la Garonne (en amont de Quinsac et de Cadaujac) ne sont pas traitées au niveau de l’évaluation environnementale.
L’AE estime que le rapport de présentation devrait être complété d’une analyse du risque inondation plus exhaustive, avec une mise en exergue des enjeux et des leviers qui peuvent être mobilisés à l’échelle d’un SCoT. La prise en compte des risques connus, mais non pris en charge par un Plan de Prévention des Risques (PPR), notamment les débordements des cours d’eau secondaires et les inondations liées aux eaux pluviales, aurait dû faire l’objet de focus particuliers, permettant par la suite, à l’échelle du SCoT, d’éviter l’aggravation potentielle de la situation.
L’analyse des incidences du SCoT sur le risque inondation est insuffisamment précise au regard de l’enjeu que représente la sécurité des biens et des personnes et nécessiterait d’être complétée d’éléments plus tangibles et territorialisés.
L’AE estime que la prise en compte des risques d’inondation est globalement insuffisante à l’échelle du SCoT
.

 Avis de la SEPANSO
La SEPANSO souscrit aux réserves exprimées par les services de l’Etat, et souligne l’insuffisante prise en compte des risques d’inondation à l’échelle de l’agglomération de Bordeaux, notamment dans le contexte actuel d’augmentation de la fréquence et de l’intensité des évènements climatiques extrêmes, et de la hausse du niveau des mers.
Le projet de SCOT a certes intégré le risque fluviomaritime mais non les inondations en amont de Quinte et Cadarache, ni les crues des cours d’eau secondaires pourtant nombreux, ni les écoulements liés aux eaux pluviales [1]. Pour la SEPANSO, le projet de SCoT ne prend pas suffisamment la mesure du risque lié aux effets cumulés de ces phénomènes.
La cartographie des risques d’inondation est incomplète et incohérente, les cartes présentées variant selon les divers documents du SCoT (cf. carte du rapport de présentation et carte 2 du DOO). Il est donc impossible d’apprécier de manière précise quels sont les secteurs où il serait nécessaire d’intervenir pour limiter les risques d’inondation.
A noter que le Grand Pont Levant Jacques-Chaban-Delmas, inauguré le 15 mars 2013, débouche rive droite en zone inondable (quai des Qeyries), ce qui entraîne sa fermeture lors des crues de la Garonne [2]. Un choix d’implantation malheureux ?

Métropole bordelaise : un territoire à Risques d’Inondations Importants (TRI)
Enfin, il convient de rappeler que la métropole bordelaise est incluse dans la liste des territoires à risques importants d’inondation du Plan de Gestion des Risques d’Inondation (PGRI) Adour Garonne, et qu’elle doit donc faire l’objet d’une stratégie locale des Gestion des Risques d’inondation (SLGRI) d’ici fin 2016.

A lire  :
 Un SCoT pour quoi faire ? Zoom sur l’agglomération bordelaise. Xavier Sota. 25/10/2013. http://www.sudouest.fr/2013/10/25/un-scot-pour-quoi-faire-zoom-sur-l-aire-metropolitaine-1209871-2780.php
 "On construit en zone inondable". Interview de Yorik Baunay. J.D. Renard. Sud Ouest. 01/02/2014.
 Plans de Prévention des Risques d’Inondation sur la Communauté Urbaine de Bordeaux (CUB). http://www.lacub.fr/sites/default/files/PDF/urbanisme/plu/pluenvigueur/Html/planc_serv_pm1a.html
 Retour sur les grandes inondations de la Garonne en Gironde http://www.pavillon-orange.org/blog/?p=2696
 L’inondation dans la basse vallée de la Garonne et l’estuaire de la Gironde lors de la "tempête du siècle" (27-28 décembre 1999). Jean-Noël Salomon.Géomorphologie : relief, processus, environnement, 2002, n° 2, p. 127-134
http://hmf.enseeiht.fr/travaux/CD0708/beiere/4/html/documents/surcote_gironde99.pdf
 Inondations en Gironde et à Bordeaux. Sud Ouest. 31/01/2014
http://www.sudouest.fr/2014/01/31/inondations-a-bordeaux-l-acces-au-centre-impossible-par-les-voies-sur-berges-1447277-2780.php
 L’inondation, sujet explosif. Jean-Denis Renard. Sud Ouest. 11/02/2014
http://www.sudouest.fr/2014/02/11/l-inondation-sujet-explosif-1458060-2728.php
 Plan de gestion des risques d’inondation du bassin Adour-Garonne- 2016-2021
http://www.midi-pyrenees.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/PGRI_2015-12-18-1.pdf

Mise à jour du 01/02/2021

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