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Agir dans l’Anthropocène

lundi 30 décembre 2013

Par sa consommation effrénée d’énergie et de ressources naturelles, l’humanité est devenue un agent géologique majeur. Les scientifiques donnent à cette époque géologique nouvelle le nom d’Anthropocène [1] [2], faisant suite au Pléistocène et à l’Holocène.
Conséquence de modèles économiques et industriels insoutenables, la concentration en gaz à effet de serre dans l’atmosphère et l’acidité des océans, ont atteint en 2013 des niveaux inégalés depuis plusieurs millions d’année, augurant des bouleversements irréversibles du climat et des systèmes biogéochimiques de la Terre.
La destruction des écosystèmes terrestres et marins et des pratiques comme la surpêche, provoquent un effondrement de la biodiversité, aggravé par le changement climatique.
La dispersion dans la biosphère d’innombrables déchets (sacs plastiques...), de milliers de nouvelles molécules plus ou moins toxiques et de composés radioactifs, produits par l’homme, constitue également un marqueur de cette époque.
Pour beaucoup d’analystes [3] , il ne s’agit pas d’une crise environnementale passagère, mais d’un dérèglement écologique majeur d’origine humaine, marquant un point de non-retour. Ces observateurs nous exhortent à penser l’Anthropocène et à « entendre les données et les modèles des sciences du système Terre qui nous annoncent un dérèglement à l’échelle des temps géologiques qui bouleversera radicalement les conditions de l’existence humaine. » Ils nous suggèrent de prendre la mesure « de la force tellurique de l’industrialisation et de la marchandise, qui a fait dérailler la Terre au-delà de ses paramètres stables de l’Holocène. » [4] Face aux impasses de la « grande accélération  » actuelle, les théories de développement durable et de croissance verte, n’apparaissent que comme de simples slogans et parades cognitives, dénués de réelle efficacité face au dérèglement global.
Le concept d’Anthropocène est bien le moyen de mettre en perspective notre action, tout particulièrement lors des situations frustrantes de pseudo-concertation, comme ce débat national sur la transition énergétique ou ces négociations climatiques internationales. [5]
Dans la continuité des réflexions des Aquitains Jacques Ellul et Bernard Charbonneau, il nous appartient de contribuer à « mobiliser de nouvelles humanités environnementales pour sortir des impasses de la modernité industrialiste, et imaginer les contours de la résilience », ainsi que les nouveaux comportements qui respectent notre seule et unique planète.

D. Delestre
Président de la Sepanso Gironde

Editorial de la revue Sud-Ouest Nature N°161 de l’hiver 2013


[1Le terme d’Anthropocène vient des mots grecs anciens anthropos signifiant « être humain » et kainos signifiant « récent, nouveau ». Anthropocène veut donc dire la nouvelle période des humains, l’âge de l’homme.

[2On considère que cette nouvelle époque géologique a commencé avec la révolution industrielle et s’est imposée au XXème siècle sous l’effet de la généralisation de l’usage des énergies fossiles- pétrole, gaz, charbon.

[3L’entropie, maladie mortelle de l’Anthropocène. Agnès Sinaï. Entropia. N°12. Printemps 2012

[4L’évènement Anthropocène. Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz. Le Seuil. Octobre 2013.

[5De Varsovie à Paris 2015 : gueule de bois pour le climat ? Réseau Action Climat. 23/11/2013. http://www.rac-f.org/De-Varsovie-a-Paris-2015-Gueule-de